Adath Shalom a une nouvelle présidente

Allocution d'Aline Benain le 20 octobre 2012

Chers Amis,

 

Lorsque je suis arrivée à Adath Shalom, il y a un peu plus de vingt ans, amenée là par une amie à qui je garde cette reconnaissance et qui m’avait dit « je crois que c’est ce qu’il te faut », j’ai immédiatement eu un double sentiment : celui d’avoir trouvé ma « maison » d’une part et d’autre part que cette « maison » précisément était construite sur un front pionnier du Judaïsme. Vingt ans après, nous avons grandi, déménagé, mais ce double sentiment perdure et même se renforce.

C’est donc sous les auspices de l’attention à l’autre et de l’innovation exigeante que j’aimerais placer mon mandat, mandat qui m’honore, profondément, et m’oblige, absolument.

Nous savons ce que notre Communauté doit à l’action fondatrice et résolue des Présidents qui m’ont précédée. Je veux ici rendre hommage à tous très sincèrement en ayant, vous le comprendrez bien, une pensée très particulière pour Evelyne Montserrat qui nous manque tant et dont l’action a imposé Adath Shalom de manière incontournable dans le paysage juif français.

Je veux aussi dire à Simon notre reconnaissance pour tout le travail accompli ces dernières années dans des conditions souvent particulièrement difficiles.

Nous savons tous, je sais, tout ce que notre Communauté doit à l’engagement, au charisme, à la personne même de notre Rabbin.

Tout ce qu’elle lui doit d’essentiel.

Nous savons tous, je sais, que sans Rivon, Adath Shalom n’aurait pas le visage que nous aimons aujourd’hui, ni le rayonnement à l’extérieur qui est devenu le sien.

J’inscrirai évidemment mon action dans la continuité de ce qui a déjà été bâti.

Un certain nombre d’entre nous ont connu ce que j’appellerais « l’époque héroïque », l’appartement de la rue des Belles Feuilles auquel on accédait par un escalier assez sombre, les sedarim de 80 convives dans 25 m2, ce sentiment exaltant et parfois légèrement immodeste d’être des défricheurs…

Ces souvenirs, que je chéris, me portent mais je n’ai pas de nostalgie. Je me rappelle aussi que certains matins de chabbat, il nous est arrivé de guetter avec inquiétude les pas, dans l’escalier sombre justement, de celui ou celle qui compléterait le minyan.

Claude fut un capitaine magnifique et c’est parce que nous avons réussi que nous avons grandi. Nous avons changé sûrement, heureusement, mais notre âme, nos aspirations, pour l’essentiel, sont restées les mêmes.

Adath Shalom rassemble aujourd’hui plus de 350 familles membres. Il est évident que les motivations, les attentes et l’implication ne peuvent être les mêmes pour toutes. Cette diversité qui est l’une de nos richesses est aussi, de manière inévitable, source de questions légitimes.

Je souhaiterais, en me plaçant à votre écoute avec les membres du Conseil d’administration, en vous donnant la parole, mettre en place des outils qui nous permettent de continuer à penser et mettre en acte l'articulation difficile entre exigence et ouverture qui fonde notre Communauté.

L’une et l'autre ne s’opposent pas. Tout au contraire, elles se complètent et se valident mutuellement.

L’exigence sans ouverture reste stérile mais l’ouverture sans exigence bienveillante n’est pas longtemps crédible.

Nos maîtres, bien sûr, on dit cela beaucoup mieux que moi : « Si je ne me soucie pas de moi, qui se souciera de moi ? Mais quand je me soucie de moi, que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? » (Pirké Avot I.14).

Ressaisissons-nous de nos fondamentaux, assurons les pour nous mais aussi pour permettre à d’autres de n’être pas que de passage, d’apporter à leur tour à nos offices toute l’intensité, toute la ferveur, tout le recueillement que nous aimons, de donner à toutes nos activités encore plus d’ampleur et de sens, de nous aider à faire rayonner tout ce que qu’Adath Shalom représente aujourd’hui.

Profondeur, ouverture et rayonnement. Trois objectifs qui se renforcent en se conjuguant. Trois objectifs qui doivent permettre à tous de s’engager et de trouver leur place, chacun à sa manière. Trois objectifs qui font de la formation et de l’intégration communautaire de toute notre jeunesse un enjeu majeur.

Paula Hyman, grande historienne américaine, militante féministe, longtemps professeur au JTS, disait être « animée par la vision d’une communauté juive variée mais intégratrice, créée et portée par des femmes et des hommes qui partagent (…) l’engagement ». il me semble que l’essence d’Adath Shalom se trouve ici assez bien définie.

Je suis particulièrement consciente cependant que les temps sont difficiles, que le plus grand pragmatisme, dans tous les domaines, et surtout la plus grande délicatesse devront guider notre action.

Adath Shalom a presque 25 ans. Le rêve de quelques pionniers appartient aujourd’hui à un Mouvement en pleine croissance qui réveille le Judaïsme français et qui, j’en suis convaincue, est source de pérennité pour notre Peuple.

Nous avons connu des joies intenses, plus fortes encore d’avoir été partagées, des épreuves terribles où les liens qui nous unissent ont montré leur puissance.

Nous sommes tous, de manière individuelle et collective, responsables d’un héritage et d’un projet.

C’est cela que nous allons tous ensemble préserver et porter plus loin encore, aussi loin que notre foi, notre volonté, notre intelligence et notre solidarité vont, je n’en doute pas un instant, le permettre.

 

Chabbat Shalom.