Kippour 5782 - Dracha d'Aline Benain

Présidente d'Adath Shalom

Mes chers amis,

Un ancien midrach rapporte une controverse entre trois maîtres qui débattent de savoir quel est le verset le plus important de la Torah.

Les deux premiers proposent des versets dont je suis certaine qu’ils vous sont immédiatement venus à l’esprit : « Chema Israël, Adonaï Elokeinou, Adonaï Ehad » (Devarim, VI,4) qui fonde le monothéisme et « Veahavta Lééha Kamora », « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Vayikra, XIX,18) où s’enracine notre exigence éthique.

De manière plus surprenante, le troisième sage retient un verset de Bamidbar (XXVIII,4) : « Et hakevess ehad taasse baboker veet hakevess hacheni taasse bein haarbaïm », « Un de ces agneaux, tu l’offriras le matin ; et le second de ces agneaux tu l’offriras vers le soir. » C’est du Korban haTamid, de l’offrande perpétuelle, quotidienne, faite au Temple, qu’il est ici question ; une offrande qui ne qui ne vient rien expier, qui ne marque aucun moment particulier, qui suit simplement le rythme de la journée, une offrande -apparemment- banale.

Pourtant, c’est ce verset que choisit notre Midrach.

Et je me dis que nos Maîtres savaient déjà comment vit Adath Shalom.

Nous portons depuis plus de trente ans la possibilité en actes d’un Judaïsme exigeant et ouvert. Un Judaïsme qui sait que si la Tradition oblige, le présent convoque, qui sait que négliger l’une conduit à la fadeur et l’oubli et mépriser l’autre à l’enfermement et la sclérose.

Cependant, et c’est, me semble-t-il, le sens du Midrach, nous ne portons l’essentiel que parce que nous sommes capables au quotidien de l’indispensable.

Notre projet ne vit pas uniquement de sa pertinence spirituelle et intellectuelle, il vit, si je file la métaphore midrachique, de l’offrande quotidienne, de l’engagement déterminé, têtu et discret, de celles et ceux qui nous permettent de porter ce que nous pensons vif et juste.

Ce soir, c’est d’abord à cette cohorte pacifique que je veux rendre hommage et dire, au nom de tous, merci.

Merci à cette belle équipe de bénévoles qui nous permet de conjuguer pour le meilleur culte et culture, de faire rayonner ce Judaïsme égalitaire dans lequel chacune, chacun, à sa manière peut se reconnaitre et se retrouver, de faire vivre la prière, l’étude et le chant, de poursuivre toujours le dialogue avec les autres religions.

Merci à celles et ceux qui, en cette période inédite, nous ont permis, par leur maitrise des moyens de communication numériques de rester en contact et nous aiderons demain à continuer de les utiliser avec pertinence sans jamais oublier que l’essentiel demeure dans notre présence véritable les uns aux autres.  

Merci à toi, Hugues, notre Hazan « historique » que nous sommes si heureux de retrouver pour ces offices de Kippour et à toi, Elkana, notre Hazan « bientôt historique » qui élève chaque Chabbat notre prière.

Oui, plus que jamais, merci de ce qui est offert sans compter, merci de l’émotion et de l’efficacité, de l’intelligence et du cœur, merci de ce qui est unique et partagé.

Merci également, bien sûr, à vous toutes et tous, d’avoir répondu dans la mesure variée des possibles, tous semblablement précieux, à l’appel que Jacques Adida, notre Trésorier, vous avait adressé ici même l’an dernier. Je ne doute pas qu’il saura se montrer, ce soir, aussi convaincant et vous, aussi exceptionnels !

L’interruption du Korban haTamid, de l’offrande perpétuelle donc, a été associée par nos Maîtres au Jeûne du 17 Tamouz, qui fait mémoire de la première brèche ouverte dans la muraille de Jérusalem assiégée par les troupes de Nabuchodonosor (587-586 avant l’ère commune). La destruction du Temple est ainsi directement associée à la rupture d’une continuité dans le quotidien des jours.

Ce doit être pour nous une manière d’entendre que la belle cohorte dont je parlais à l’instant doit non seulement toujours se renforcer mais aussi, mais surtout, se renouveler.

Nous avons besoin de l’engagement de la jeunesse, de celles et ceux qui ont grandi ici ou nous ont rejoints. Jeunes adultes, jeunes familles, je vous le dis avec affection et tendresse, il est vital que vous fassiez votre part du travail. Tout ce qui a été construit l’a été d’abord pour vous. C’est votre héritage. Il vous reviendra très vite, il vous revient déjà, d’en d’assurer la pérennité ou pour le dire comme le Salomon des Proverbes (XXVII,18) d’être ceux qui « veillent sur le figuier » pour qu’il continue à produire ses fruits. J’ai confiance que vous ne l’oublierez pas, à votre manière qui sera la bonne.

 

Depuis 1991, notre Rabbin nous inspire et nous accompagne. Il a su faire rayonner et enrichir aussi, bien au-delà de notre Communauté, par ses interventions publiques comme ses livres, l’approche et la vision du Judaïsme que nous aimons. Il partage nos joies et nous sommes nombreux qu’il a soutenu dans les épreuves de la vie.

Il serait pourtant paradoxal que, nous, héritiers du repos chabbatique et de l’une des premières législations sociales de l’Histoire, ne finissions pas par reconnaitre son droit à la retraite. Mon propos ne vise pas à déclencher une espèce de tsunami ou vous faire sentir le goût de l’apocalypse. Tout au contraire. Il nous revient d’envisager et d’organiser avec Rivon, en douceur et dans la clarté, non son remplacement mais sa succession d’ici trois ans.

Certains d’entre vous ont déjà fait la connaissance du Rabbin Joshua Weiner qui vient de nous rejoindre. Il connait notre Communauté où il avait effectué un stage préalable à son ordination. Il considère Rivon comme son Maître et je crois pouvoir dire que l’un et l’autre travaillent ensemble en vive intelligence.

Le Rabbin Weiner, Josh ainsi que vous l’appellerez vite, est un homme de grande culture, juive et profane, une belle personne. Il a noué lors de son précédent séjour des relations étroites avec beaucoup de jeunes adultes de notre Communauté qui l’apprécient et se réjouissent de son installation parmi nous. Il comprend déjà bien le français et ne tardera pas à le parler sans difficulté. Il est dès maintenant, et pour un an, l’assistant de Rivon et s’occupera également, en étroite collaboration avec lui, de la préparation des Bné Mitzvah.

Nous allons, lui et nous tous, apprendre à nous connaitre mieux encore et j’ai l’espérance, j’allais dire la conviction, que cette première année nous donnera l’envie mutuelle d’aller plus loin ensemble pour continuer l’histoire d’Adath Shalom où Rivon, mais faut-il vraiment le dire, sera toujours chez lui. Nous verrons, quand le moment sera venu, de quelle manière nous continuerons à cheminer ensemble.

C’est en tout cas une nouvelle période passionnante qui s’ouvre désormais. Il faut l’aborder avec une sérénité et un enthousiasme à la hauteur des enjeux qui sont ceux de notre avenir.

Rien ne sera fait sans que vous soyez consultés et je ne doute pas que vous aurez à cœur, toutes et tous, d’accueillir Josh, son épouse Noémi et leur fils Amitaï avec chaleur et bienveillance selon la belle tradition de notre Communauté.

 

Mes amis, nous venons de vivre une nouvelle année difficile et nous nous retrouvons ce soir encore dans des conditions particulières. Nous avons perdu des êtres chers dont le souvenir ne s’effacera pas parmi nous. Il me semble, cependant, que nous avons fait face du mieux qu’il nous était possible, attentifs surtout à ne laisser personne en proie à une solitude délétère. J’espère, avec vous tous, que l’année qui débute permettra de nous retrouver dans la joie, à la lumière de chacun de nos visages.

Gardons-nous pourtant de réduire le chaos du monde à la crise sanitaire que nous traversons. Le virus aura depuis longtemps disparu que des millions d’êtres humains vivront toujours dans une misère sordide, aux mains de pouvoirs scélérats et criminels.

Dans son Journal de 1917 (fragment 52), Kafka notait : « Dans ton combat entre toi et le monde, seconde le monde ». Il me semble que ce pourrait être une belle définition de ce que nous appelons en hébreu Tikoun Olam, réparation du monde. La nécessité de ne jamais se satisfaire du monde tel qu’il est, non par sentiment de supériorité ou mépris, mais parce que nous refusons de renoncer à l’espoir de le voir, de le rendre meilleur. De le rendre, en fait, à la beauté originelle qui fut sienne : « Et Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, et voici, c’était très bien (Tov Meod). Et ce fut le soir et ce fut le matin, le sixième jour. »

Au seuil de cette nouvelle année, je partage avec vous l’espoir d’un monde moins terrible pour tous et surtout pour toutes, tant il est vrai que, de l’Afghanistan au Texas, les femmes sont les premières victimes au « mieux » des conservatismes imbéciles, au pire d’une barbarie qui traverse les âges en se parant trop souvent des oripeaux de la religion.

Puisse 5782 être une belle année, pour chacune et chacun d’entre vous, pour vos familles, pour notre Communauté, pour Israël, pour notre Peuple tout entier, pour toutes celles et tous ceux qui, partout parmi les Nations, aspirent en vérité à la fraternité et à la paix.

Et puissiez-vous tous, mes amis, être inscrits dans le Livre de la Vie.

Chana Tova ou G’mar Hatima Tova !

 

                                                                          Aline Benain.