Dracha du soir de Roch hachana 5779

Par le rabbin Rivon Krygier

Selon un propos bien connu de Emmanuel Lévinas :

S’interroger sur son identité, c’est déjà l’avoir perdue. … Mais c’est encore s’y tenir, sans quoi on éviterait l’interrogatoire ! Entre ce déjà et cet encore, se dessine la limite, tendu comme ne corde raide sur laquelle s’aventure et se risque le judaïsme des Juifs occidentaux (Difficile liberté, Albin Michel, Paris, 1963, rééd. Poche, p. 78).

Je vous invite donc à m’accompagner sur la corde raide. C’est, avouons-le, très juif de s’interroger sans cesse sur ce que l’on est pourtant censé être naturellement ! Mais voilà, les juifs ne sont pas dans une configuration naturelle. Cela nous est tombé dessus dès le départ. Les pauvres Abraham et Sara ont entendu de Dieu dans le fameux Lekh lekha qu’ils n’adviendraient à eux-mêmes et ne deviendraient une famille et une nation prospères que s’ils quittent celles de leur naissance pour se rendre dans un pays – pas de chance ­– qui était déjà habité de peuplades et où très vite sévit la famine… Voilà une situation presque burlesque, quelque peu sinueuse pour ne pas dire tortueuse, et déjà exaltante et qui explique peut-être notre petite différence en tant que peuple : cette intranquillité caractérisée, cette mine un peu agitée, un brin névrotique, comme le dit le fameux dicton :

« Les Juifs sont des gens comme tout le monde, mais un peu plus… »


[Lire la suite]