Hommage de Mgr Jérôme BEAU, Evêque auxiliaire de Paris

14 octobre 2013 : remise du prix de l'AJCF à Rivon Krygier

C’est une grande joie pour le Collège des Bernardins de vous accueillir pour cette remise du prix de l’amitié judéo-chrétienne. C’est une grande joie qu’il soit remis aujourd’hui au rabbin Rivon KRYGIER parce que nous savons combien cette amitié s’inscrit dans l’histoire, au long du chemin parcouru. Cette amitié judéo-chrétienne est aussi une vraie amitié entre chacun.  L'amitié judéo-chrétienne n’est pas un titre mais une réalité humaine, profonde, entre chacun d’entre nous. Ce prix honore quelque chose de très réel : le fait que nous sommes des amis. Je vous remercie beaucoup que cela puisse se réaliser ici.

La deuxième raison pour laquelle je suis très heureux que cela se réalise ici est que le Collège des Bernardins est un lieu dédié au dialogue. Le dialogue est essentiel pour l’avenir de nos sociétés. Et s’il y a deux aspirations, il me semble, qui touchent à la situation actuelle des religions dans notre société française et notre société européenne – permettez-moi d’élargir la société européenne au bassin méditerranéen car je pense que l’Europe ne trouvera son nouveau dynamisme que si elle réfléchit à sa collaboration et à sa synergie avec le bassin méditerranéen – , je voudrais souligner combien cette amitié judéo-chrétienne (ouverte aussi aux autres religions présentes en France), combien cette amitié est importante à une période où tant de personnes, d’une façon dangereuse, instrumentalisent les religions à l’intérieur de conflits. Il me semble que le prix de l’amitié judéo-chrétienne est comme une expression pour souligner combien nous refusons l’instrumentalisation des religions à l’intérieur des conflits, à l’intérieur des phénomènes ou expressions médiatiques dans la simplification qui est faite d’un certain nombre de conflits, qui, en fait, sont d’un ordre autre que religieux mais qui instrumentalisent les religions à cet effet, les prenant comme bouc émissaire de questions autres qui traversent nos sociétés.

Je pense aussi que l’amitié judéo-chrétienne, dans le dialogue que cela demande sans cesse, permet de mettre en valeur le fait que nos religions sont au service des hommes de ce temps par un dialogue entre la foi et la raison. Le rabbin Rivon KRYGIER a travaillé et travaille dans ce sens. Il me semble important de voir combien la foi – la foi chrétienne, la foi juive et le dialogue de la foi chrétienne et de la foi juive – s’exprime dans un travail de la raison au cœur même de notre expression de foi.

Je voulais donc d’abord souligner l’actualité de ce prix à une époque où il y a trop souvent cette instrumentalisation des religions à d’autres fins que celle de la paix, qui est l’objectif même de chacun d’entre nous – comme d’ailleurs la chorale, que je remercie, nous l’a chanté avec force et brio.

Le deuxième point que je voudrais souligner dans l’actualité du prix de l’amitié judéo-chrétienne, et dans la remise de ce prix à Monsieur le rabbin Rivon KRYGIER, c’est l’importance de cultiver la culture du dialogue, la culture de la rencontre. A une période où il y a parfois une culture de l’individualisme, une culture de la polémique, des cultures d’affrontement économique, que nous puissions cultiver le dialogue. Faire entrer nos sociétés dans une culture du dialogue me semble essentiel. Or il n’y a de culture du dialogue que dans la confiance entre ceux qui dialoguent. Cette confiance se dit dans l’amitié, car seule l’amitié donne au dialogue la liberté que chacun soit ce qu’il est sans vouloir que l’autre devienne comme lui. En même temps, seule l’amitié permet dans la différence de trouver un chemin de communion, qui n’est pas d’être tous semblables mais d’être au service de la paix et au service de l’harmonie entre les hommes, d’être finalement au service de l’avenir de l’humanité.

En remettant ce prix au rabbin Rivon KRYGIER, c’est bien cet avenir de l’humanité que nous couronnons, tout en rendant grâce pour le travail qu’il a déjà accompli et qu’il accomplira encore.

Merci beaucoup.