Hommage du père Jean Dujardin à Rivon Krygier

14 octobre 2013 : remise du prix de l'AJCF à Rivon Krygier

Chers Amis, cher Rivon si vous me permettez de m’exprimer ainsi,

J’ai été très touché qu’on me demande de prendre la parole à l’occasion du prix qui vous est remis. Il y a quelques années nous sommes intervenus ensemble auprès du groupe d’Amitié Judéo-chrétienne du Val-de-Marne et je n’ai jamais oublié la réflexion que vous avez faite au moment de nous quitter pour une autre tâche. « Il se pourrait que ce Jésus qui nous a séparés pendant des siècles soit celui autour duquel nous allons nous réconcilier ». Pour les chrétiens présents cette reconnaissance fut bouleversante. Je me rappelle aussi l’échange confiant que nous avons eu au sujet de la prière du Vendredi Saint modifiée par Benoît XVI pour le rite extraordinaire qui vous interpellait. J’évoque ces échanges très simple parce qu’en relisant tous les articles que vous avez publié dans la Revue Sens, il m’a semblé que vous faisiez un effort permanent pour nous comprendre de l’intérieur. Vous illustrez pleinement comme Juif l’invitation adressée par la Commission du Saint Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme dans un document publié dix ans après le Concile, lorsqu’elle invite les chrétiens « à s’efforcer de comprendre le Judaïsme tel qu’il se comprend lui-même ». Il me semble pouvoir dire que vous la vivez pleinement comme Juif.

Permettez-moi de prendre un exemple qui illustre clairement cette invitation. Vous vous êtes efforcé de comprendre en profondeur la relation de Jésus au repos du Shabbat en particulier dans l’évangile de Jean. Vous nous rappelez que le repos du Shabbat est la conséquence du repos du Saint, béni soit-il, après avoir achevé son œuvre de création mais vous attirez alors notre attention, et cela m’a beaucoup éclairé, en rappelant que selon la pensée juive elle-même, c’est après l’œuvre de création que Dieu se retire, il ne se met pas en retrait dans l’œuvre de rédemption qu’il poursuit sans cesse. Ce qui vous conduit à écrire que Jésus ne cherche pas à réformer la loi Rabbinique ni à instaurer de nouvelles règles. Ce qu’il fait c’est de mettre en œuvre les clauses dérogatoires inhérentes à la loi en raison du contexte eschatologique, dans le but de précipiter les consciences et donc l’avènement attendu. Cet effort de compréhension est extraordinaire. Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples, par exemple celui sur la signification de la greffe chez Paul où vous nous demandez à juste titre de ne pas nous référer à Paul en dehors du contexte de son temps, de l’interprétation qui en a été faite et de la compréhension à laquelle nous sommes appelés aujourd’hui. Bien sûr vous demeurez très ferme dans votre appartenance au Judaïsme et dans la non-reconnaissance de Jésus comme Messie.

Mais il m’a semblé que le dialogue pour vous n’est pas secondaire. Vous reprenez à votre compte une expression employée par Mgr Marcuzzo en 2012 lors du colloque du CRIF à Jérusalem. « Ou bien nous dialoguons, ou bien nous disparaissons ». Vous écrivez dans la postface du livre de Geneviève Comeau sur le dialogue « Au bout de la route, car nous sommes bien d’accord sur le fait qu’il y aura un bout à cette route, on est en droit d’espérer que le premier arrivé saura tendre une main fraternelle à l’autre pour qu’il le rejoigne sans détour ». Merci cher Rivon pour cette approche si riche et si stimulante pour le dialogue.