Être Massorti aujourd'hui

1. Nos valeurs

- Tradition et transmission

La Tora est le récit de la révélation divine à notre peuple. C’est le texte le plus sacré du judaïsme, à la fois recueil de commandements et  source de toutes les interprétations des modes de vie et de pensée indiqués par Dieu. Indissociable des traditions orales de la Halakha, qui a constitué et constitue encore le judaïsme tel que nous le connaissons, la Tora est elle-même le produit d’une longue histoire attestée par des évidences archéologiques, linguistiques, juridiques et littéraires.  Par conséquent nous affirmons la sainteté de la Tora en tant que dépositaire de la volonté et de l’intervention divines, telles qu’elles ont été interprétées par notre peuple au cours de l’histoire.

Cette vision évolutionniste du judaïsme s’applique également à la Halakha, qui définit les paramètres de la vie juive depuis des siècles, en se fondant sur les décisions rabbiniques compilées dans le Talmud et la Michna, et enrichies des responsa suscités par la modernité. Nous pensons que l’historicité des textes n’enlève rien à leur caractère sacré, et nous nous attachons à faire évoluer la loi à partir des textes de la Halakha et non en rupture avec eux, soumettant ainsi la lettre à l’esprit. Le dialogue avec les textes constitue pour nous une manière privilégiée de valoriser la tradition (massoret). Dans le monde réel, ce dialogue débouche également sur l’éducation, qui revêt pour nous une importance essentielle quant à la transmission de nos valeurs – aux enfants par l’École Juive Moderne (EJM), aux adultes par les cours, conférences et journées d’étude.

- Tora, culte, charité

Nous souhaitons incarner les paroles de Chimon le Juste (un des derniers membres de la Grande Assemblée), pour lequel le monde repose sur trois piliers : la Tora, le culte (avoda) et la charité (guemilout hassadim).

La Tora vise à nous guider sur la voie de la sagesse. Selon le Talmud, son étude est aussi importante que tous les autres commandements réunis. 

Par notre participation régulière au culte, nous affirmons l’importance de la spiritualité dans nos vies, qui s’exprime à travers la liturgie traditionnelle (textes et mélodies des prières). Nos offices font une large place à l’hébreu, mais tous les textes figurent également en français dans nos livres de prières, et les chants principaux sont notés en translittération, pour permettre aux non-hébraïsants de participer. Hommes et femmes prient ensemble et les femmes exercent autant de responsabilités que les hommes.

Nous concevons la guemilout hassadim comme une éthique du partage et de la tsedaka (charité matérielle en direction des démunis), dont nous n’oublions pas qu’elle est une des manifestations de la justice (tsedek).

- Humanisme et liberté de conscience

Notre mouvement est pluraliste. Il pense et agit  dans un esprit humaniste, en favorisant le dialogue des cultures et des religions dans tout ce qu’il entreprend (éducation, étude, offices, spiritualité, loisirs). Cela suppose une attitude de coopération et de respect, qui ne va pas toujours de soi et doit être constamment encouragée.

Notre manière d’interpréter les textes (Tora, Talmud, prières, etc.) est à la fois rigoureuse et innovante : elle s’inspire de la méthode universitaire et fait droit à notre sens critique, qui constitue une part essentielle de la réflexion et conditionne le renouvellement interprétatif (hidouch).

 

 2. Nos objectifs

- Solidarité et engagement

Dans notre rapport aux autres (communautés, religions, mouvements politiques et sociaux), nous souhaitons manifester, à la fois notre solidarité envers les autres courants du judaïsme et notre propre engagement dans la cité.

Comment montrerons-nous cette solidarité ? Tout d’abord en sortant de l’isolement communautaire, y compris Massorti, et en accueillant les autres dans un esprit de générosité (modèle de la tente d’Abraham). Ensuite en nous pénétrant de ces paroles de la Michna : « Celles-ci comme celles-là sont les paroles du Dieu vivant » et en nous souvenant que « tous les Juifs sont responsables les uns des autres ». Enfin en oeuvrant au bénéfice de l’ensemble du peuple juif (klal Israël), par des projets d’intérêt général et par la lutte contre l’antisémitisme.

Concernant notre engagement dans la cité, nous nous tournons vers des réalisations impliquant dialogue et convivialité avec les non-Juifs, y compris le combat contre toutes les formes de racisme et d’exclusion.

- Cohérence et excellence

En interne, nous tendons vers une vie sociale et une pratique religieuse inspirées par une même vision de l’existence, et nous recherchons l’excellence dans les domaines de la culture, de l’éducation et de la spiritualité.

- Soutien à Israël

Dans notre rapport à Israël, nous affirmons la centralité de la terre et de l’État d’Israël pour la vie juive contemporaine, nous soutenons le mouvement sioniste de manière apolitique et nous promouvons la culture israélienne.

 

 3.  Notre développement

- Obstacles

La position médiane du mouvement Massorti (situé entre orthodoxie et libéralisme) le fait souvent percevoir – par les autres et parfois par ses propres membres – comme ambivalent, tourné tantôt vers le modernisme, tantôt vers la tradition. Ce positionnement, qui peut sembler à première vue inconfortable, constitue précisément la richesse du mouvement Massorti, laquelle se dévoile progressivement à ceux qui l’approchent.

- Facteurs favorables

Plusieurs éléments peuvent conduire des Juifs à se tourner vers le mouvement Massorti. Certains le feront en réaction, soit à l’assimilation (qui leur paraît menacer leur identité juive), soit au radicalisme ultra-orthodoxe (dont la rigueur ne répond pas à leurs aspirations).

De par son positionnement médian, entre les libéraux et les traditionalistes, le mouvement Massorti est appelé à jouer un rôle moteur dans le vivre-ensemble des divers courants. Cette ambition implique de « considérer les autres tendances modernistes comme des partenaires et non des adversaires, et de voir les autres courants du judaïsme (ultra-orthodoxes et assimilés) comme des adversaires et non des ennemis ! » (Dov Maimon)

- Projets

Pour nous développer au mieux, nous devons incarner un judaïsme qui donne envie d’y goûter, que ce soit par les projets d’envergure qu’il mène, par sa force de conviction dans les débats publics ou par la spiritualité qu’il incarne. Nous souhaitons montrer « que le judaïsme est plus qu’une religion. Il est une civilisation, une culture, des langues. Que la religion est plus que du rite ou du dogme. Elle est aussi de la discussion, de l’émotion, du partage fraternel » (Rivon Krygier).

Il ne s’agit pas de culpabiliser les non- ou peu-pratiquants, ni de rejeter les couples mixtes et leurs enfants, mais bien au contraire d’obéir à l’injonction de Hillel : « Soyez comme les disciples d’Aaron (frère de Moïse) : aimez la paix et recherchez-la, aimez les hommes et rapprochez-les de la Tora (Pirké Avot, 1, 12).

 

4. Comment rester juif aujourd’hui ?

Il suffit de poser la question pour comprendre que la réponse ne va pas de soi : il est en effet très difficile de rester juif dans notre monde gouverné par la matérialité et la vitesse des échanges. Pour relever ce défi, il faut ardemment le désirer, et apprécier le genre de vie que propose le judaïsme à travers ses divers courants.

La réponse Massorti conjugue tradition et modernité, dans un esprit qui ne relève pas du système établi. « C’est une quête. Parce qu’elle est exigeante, elle est exaltante. Parce qu’elle est juste, elle est urgente. » (Rivon Krygier).