La disparition d'un "grand Monsieur"

A propos de la disparition de Pierrot Kauffmann

Nombreux étaient ceux qui, le lundi 16 septembre, ont accompagné à sa dernière demeure Pierrot Kauffmann, qui allait avoir 93 ans et avait rejoint  notre Communauté il y a  quelques années. Sa modestie et sa discrétion ont sans doute eu pour effet que sa présence dans notre Communauté est passée inaperçue de bon nombre de ses membres. Et pourtant, à la demande de la famille, notre Rabbin a été invité à figurer  parmi les nombreuses personnalités civiles, politiques et religieuses présentes au cimetière Montparnasse. Les hommages qui ont été prononcés ont, tous, insisté, non seulement sur ses qualités humaines, mais aussi et surtout sur la richesse du rôle qu'il a joué dans la Communauté, voire dans la Cité.

Entré aux E.I.F, à Strasbourg,  dès avant la seconde guerre mondiale, il crée, dès la fin des hostilités,  à Moissac, puis à Lautrec, dans le Sud-Ouest de la France, des lieux de refuge pour les jeunes Juifs fuyant les persécutions. Puis il s'engage dans le maquis des E.I (Compagnie Marc Haguenau) , et au moment de la Libération prend part à la capture d'un convoi allemand entre Castres et Mazamet et sert d'interprète au Colonel FFI, Dunoyer de Segonzac, qui reçoit la capitulation de la garnison allemande de Castres.

Après la guerre, l'OSE le charge de diriger une maison d'enfants, à Jouy en Josas, en vue de recueillir des rescapés de la Shoah, souvent orphelins . Par la suite, dans le cadre du FSJU, il participera activement à l''accueil des Juifs rapatriés d'Afrique du Nord, puis agira, par la suite, en faveur des Refuzniks de Russie.

Directeur général du CRIF de 1967 à 1980, il créera, ensuite,  et le dirigera, après l'attentat de la rue Copernic, le Service de protection de la Communauté juive (SPCJ), encore en place actuellement. A ce titre il servait d'interface avec les pouvoirs publics et eut comme interlocuteurs les nombreux ministres de l'intérieur et les préfets de police, qui se sont succédés depuis lors. A ce titre, également, il veillait à la sécurité de la représentation diplomatique d'Israël à Paris.

Devenu Secrétaire général du Mémorial du Martyr Juif inconnu et du Centre de Documentation juive contemporaine, il fut associé aux travaux d'extension, conduisant à la construction du Mémorial de la Shoah (on trouve, d'ailleurs, dans la salle d'exposition permanente, plusieurs documents concernant son activité durant la guerre). Tout naturellement, il fut désigné en 2000 pour siéger au sein du Collège délibérant de la Commission pour l'indemnisation des victimes des spoliations antisémites, aux travaux de laquelle il participait jusqu'à ces derniers mois. Il était commandeur de la Légion d'honneur.