Paracha Chemini 5774

Dracha prononcée par Clara S. le 22 mars 2014

 

Paracha Chemini 5774

 

Dracha prononcée par Clara, le 22 mars  2014

 

Cest dans la paracha Chemini que sont énoncées les diverses lois alimentaires. En lisant cette longue liste dinterdits, jai découvert avec regret que les juifs nont pas le droit de manger dorfraie, de chouette, de limace ou encore de hérisson Trop dur d’être juif ! Plus sérieusement, je me suis demandé, à quoi pouvaient bien servir toutes ces lois ? Bien sûr, les lois qui organisent la vie en société comme celles des Dix Commandements me paraissent évidentes (interdire le meurtre ou le vol, cela va de soi) ; les lois alimentaires contenues dans ma paracha me semblent bien plus difficiles à comprendre. Dautant quaucune explication satisfaisante n'est donnée : en effet, ne pas manger de chameau parce que, bien que ruminant, il n'a pas le sabot fendu (Lev. 11-4) n'est pas une raison compréhensible.

J'imagine qu'un premier réflexe peut être de ne pas tenir compte de tous ces commandements si étranges et de n'appliquer que ceux qui nous semblent évidents. Malgré tout, je constate que depuis des millénaires, notre peuple sest toujours efforcé de conserver ses lois.

La question qui me vient alors est : pourquoi tous ces interdits spécifiques aux enfants d'Israël? Après le déluge au chapitre 9 de la Genèse, Dieu autorise l'humanité à manger tous les animaux :

 « Tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture».

          Or, en interdisant un très grand nombre d'animaux, le juif devient celui qui casse l'ambiance lorsqu'il y a, par exemple, des crevettes en entrée.

Au deuxième verset du chapitre 19 du Lévitique, Dieu nous dit  « soyez saints comme je suis saint ». Peut-être à cause de notre univers culturel, la première image qui me venait à lesprit en lisant ce verset était celle de quelquun avec une auréole au-dessus de la tête. Mais lorsqu'on lit le mot « saint » en hébreu, « kadoch », on réalise qu'il veut aussi dire « séparé ». Donc, en donnant des lois alimentaires spécifiques aux enfants d'Israël, lobjectif est bien de les sanctifier, c'est-à-dire de les séparer des nations.

Rachi, le célèbre commentateur du Moyen-Âge, nous explique ainsi ce verset :

« Si vous êtes séparés d'eux, vous êtes à moi, sinon vous êtes à Nabuchodonosor et ses semblables. »

Rachi sait très bien, au moment où il écrit ces lignes, que cela fait déjà de nombreux siècles que Nabuchodonosor, le célèbre roi babylonien, est mort. Babylone et son cruel roi sont ici utilisés en tant que symbole de l'impérialisme. L'impérialiste, comme le fondamentaliste, est celui qui refuse d'accepter une autre compréhension du monde que la sienne. Il ne veut entendre qu'une seule voix, une seule langue.

A priori, on pourrait penser que les différences entre les peuples étant des sources potentielles de conflit, il aurait mieux valu qu'il y en ait le moins possible. Mais notre paracha et toute notre tradition ne semblent pas du tout aller dans ce sens. Au contraire, il apparaît que le projet divin soit de créer des différences, des séparations. Cela commence avec la nature où l'on sépare les eaux d'en haut des eaux d'en bas, la lumière de l'obscurité, puis la femme de l'homme.

Lorsquaprès le Déluge Dieu demande aux enfants de Noé de peupler toute la Terre, il demande que cela se fasse avec des langues différentes. L'épisode de la tour de Babel (dans laquelle on entend déjà « Babylone ») nous montre comme il est difficile pour l'humanité de cultiver les différences voulues par Dieu et il faut que Lui-même intervienne pour mélanger les langages.

Peut-être que l'objectif de tout cela est alors que les hommes dialoguent entre eux ? En effet, il n'y a pas de dialogue possible entre les peuples sil n'y a qu'un seul peuple ! Moi qui suis issue de plusieurs cultures : française, américaine et juive, je comprends facilement en quoi cela est une richesse.

En faisant des juifs un peuple « saint », autrement dit distinct des nations, c'est la possibilité du dialogue entre les hommes qui est préservée ainsi que toutes les vertus qui en découlent comme par exemple faire une place à l'autre.

Dans le Talmud  (traité Hag 3.a.), Rabbi Eléazar ben Azariah nous dit aussi que tout comme Dieu est unique, Israël doit être unique. Voilà une raison de plus de se « sanctifier » c'est-à-dire se distinguer et cultiver sa singularité. Nous lisons au premier chapitre de la Genèse que Dieu fait l'homme à Son image, or si Dieu est unique, chaque homme, chaque peuple, doit être unique ! Tel est peut-être le projet divin ? Ne pas faire comme Nabuchodonosor voulant faire d'autrui un autre lui-même mais au contraire construire un monde dans lequel la singularité, autrement dit la « sainteté » de chacun peut exister.

 Je me réjouis de constater qu’en m'interrogeant sur l'interdiction de manger les caméléons, j'en suis venue à me poser des questions aussi larges que celle des différences entre les peuples et la nécessité du dialogue. Alors qu'au départ  j'aurais pu penser que bien des aspects de notre tradition ne méritaient pas toute mon attention, il m'est apparu comment un commandement a priori insignifiant pouvait contenir en lui-même des enseignements essentiels.

Je vois se dégager à travers cette incroyable diversité de lois et de commandements, une unité que je ne soupçonnais pas. C’est bien cette unité que nous proclamons le matin et le soir à l'occasion du Chema Israël. Elle devient pour moi plus concrète, jour après jour.

Chema Israël Adonaï Elohenou Adonaï EHAD !

Chabbat chalom !

Je vous remercie tous d’être venus à ma bat-mitsva, cela compte vraiment pour moi.

Je remercie mes grands-parents, mon oncle Phil  et mon cousin Ethan, d’être venus d’aussi loin pour moi.

Je remercie Hélène pour sa patience et pour m’avoir donné l’envie d’apprendre,

le rabbin Rivon Krygier et toute la communauté d’Adath Shalom de m’avoir accueillie.

Je remercie aussi Jean-Marc de son soutien et de ne pas avoir hésité à m’accompagner le dimanche matin à 8h30 au Talmud Tora.

Et surtout, je remercie mes parents et mon frère Maxime d’avoir toujours été là pour moi, de m’avoir soutenue : je vous aime de tous mon cœur.