Paracha Chelah lekha 5774

dracha prononcée par VIctoire C le 21 juin 2014

La paracha de cette semaine s’appelle Chelah Lekha. Elle traite en grande partie de l’expédition décidée par Moise, celle d’envoyer douze explorateurs en Israël en vue de la conquête de cette Terre.

Comme vous le savez certainement, le bilan de cette exploration ne fut pas génial ! Sur douze explorateurs, dix firent un bilan négatif et deux seulement considérèrent qu’il fallait s’y rendre. 

Cette énième erreur du peuple d’Israël dans le désert fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Dieu décida alors que cette génération qui connut l’Egypte devait disparaître en errant pendant quarante ans dans le désert afin qu’une nouvelle génération qui n’aurait pas connu l’Egypte puisse accomplir le destin divin de conquérir la Terre d’Israël.

D’ailleurs, c’est cet épisode qui est à l’origine de la plus triste journée du calendrier hébraïque, à savoir Ticha BeAv, le jour de jeûne du neuf Av.

Pour ma part je me suis intéressée particulièrement à deux des personnages centraux de cette histoire. Il s'agit de Josué et Calev qui furent les deux explorateurs qui émirent un avis favorable à la conquête. Pourquoi eux et pas les dix autres ? Pourquoi la Tora précise au début de la paracha (chapitre 13 verset 16) que Josué changea de nom, de Hochéâ à Yehochouâ? Quelle est donc l’importance du prénom et pourquoi en changer ?

Le prénom donné par les parents n’est pas choisi au hasard : moi par exemple, je m’appelle Victoire Sarah.

Victoire, c’est en souvenir d’une amie de maman qui avait beaucoup de succès et parce que, comme papa venait d’une famille de garçons, c’était pour maman une Victoire de m’avoir ! Heureusement pour moi d’ailleurs que mes parents n’ont pas choisi le prénom Yseult, auquel ils pensaient. Et d’ailleurs mon frère avait failli s’appeler Tristan avant que mes parents ne choisissent Theodore !

Sarah, c’est en mémoire de ma famille juive polonaise du côté de mon papi Robert qui a été décimée pendant la guerre. La mère de mon papi s’appelait Saja-Surah, Sarah en hébreu, elle est l’une des rares de sa famille à avoir survécu…

Dans la Tora, on distingue deux cas pour lesquels on change le prénom de quelqu’un :

1) Pour orienter le destin que Dieu manifeste déjà. En changeant le nom, on espère que la personne sera porteuse de grandes qualités auxquelles le nom fait allusion, s’identifiera à un grand personnage du même nom ou à une bonté de Dieu que le nom indique.

2) Pour réorienter le destin quand s’y révèle un obstacle majeur. Le traité Roch Hachana (16B) dit au nom de Rabbi Ytsh’ak : quatre choses réussissent à changer un décret divin ou dangereux :

-        la tsédaka, c’est-à-dire la charité

-        la prière

-        le changement de nom

-        la repentance

Une des preuves pour le changement de nom se trouve dans le chapitre 17 verset 15 de Béréchit : «  tu ne nommeras plus SaraÏ ta femme mais Sarah. » Il est écrit ceci : « Alors je la bénirai et donnerai d’elle un fils ».

Dans le cas de Yéhochoua il est rappelé chapitre 13 verset 16 de Bamidbar que : « Moshé nomma Hochéa Bin Noun Yéhochoua. » Ce changement de nom cherche à donner un élément supplémentaire à Josué face à l’épreuve et à la responsabilité qu’il va avoir.  En le nommant Yéochoua (Dieu a sauvé), Moïse vise à protéger son disciple du complot des dix explorateurs qui vont chercher à dénigrer la terre d’Israël. Il sera sauvé ainsi de l’épidémie qui tua toute la génération sortie d’Egypte, et il sera même celui qui conduira les Hébreux vers Israël.

Le deuxième explorateur aux côtés de Josué est Calev, fils de Yéphouné. Il était le prince de la tribu de Juda, le mari de Myriam, sœur de MoÏse. C’était un homme de grande vertu, extrêmement fidèle à Dieu et aux ordres de MoÏse. Le Midrach nous révèle même qu’il partit lors de son exploration en Israël, prier sur la tombe des patriarches à Hébron afin d’avoir un jugement clairvoyant à son retour auprès de Moïse. Il fut lui aussi sauvé de l’épidémie comme Josué.

Ces deux personnages nous enseignent que :

D’une part le judaïsme considère que porter un prénom sous-entend porter un projet, une aventure de vie à réaliser. D’autre part, ce défi, cet enjeu, comme celui relevé par Calev doit s’inscrire dans ce que les grands personnages juifs nous ont transmis.

Et puis, cette histoire nous enseigne – tout comme maman qui nous le répète souvent  – qu’il ne faut jamais perdre son libre arbitre. Le choix de la majorité n’est pas toujours forcément le bon !

En me nommant Victoire, on peut dire que mes parents  plaçaient de grandes ambitions en leur fille et j’espère continuer à être à la hauteur de leurs espérances dans ma vie d’adulte qui commence ici avec vous.

Je tiens ici à les remercier : merci à papa et maman ainsi qu’à mon frère qui m’embête tout le temps ! Merci à mes gran-parents, Papi Robert et Mamie Odile et Papijean et Mamili, malheureusement absents à cause de la grève SNCF (que je ne remercie pas !).  Je remercie aussi toute la famille qui a fait le déplacement aujourd’hui pour moi. Je remercie Alexandrina, qui s’est occupée de moi depuis que je suis née (et de mon frère aussi). Merci à tous mes professeurs et particulièrement à Anne qui fut la première à m’apprendre la Tora, et à Avraham qui m’a accompagnée durant toute cette année. Je remercie mon tuteur qui m’a préparée pour cette grande journée ! Merci à Gabriella et à Nikki qui m’ont beaucoup aidée. Je remercie bien entendu le Rabbin Rivon Krygier, qui nous apprend la Tora avec beaucoup d’humour.  Et pour finir, je remercie tous mes amis sur lesquels je peux toujours compter !

 

Chabbat chalom