Paracha Aharé Mot 5774

Dracha prononcée par Zacharie P. le 19 avril 2014

Dans la Torah, le bouc émissaire est chargé de porter à Azazel tous les péchés du peuple juif. C'est dans la paracha de cette semaine que le bouc émissaire est cité, et c'est la seule fois qu'il apparaît dans la Tora.

Il est écrit :

,לַעֲזָאזֵל אֹתוֹ לְשַׁלַּח--עָלָיו לְכַפֵּר ,ה׳ לִפְנֵי חַי-יָעֳמַד [...] וְהַשָּׂעִיר

.הַמִּדְבָּרָה`

"Le bouc [...] devra être placé, vivant, devant Dieu, pour servir au pardon et être envoyé à עֲזָאזֵל, dans le désert".

Selon Rachi, לְכַפֵּר עָלָיו, "pour servir au pardon", signifie que le grand-prêtre Aaron se confesse sur ce bouc. Autrement dit, il demandera pardon littéralement SUR ce bouc, c'est-à-dire, en posant ses mains sur le bouc, tout en s'adressant à Dieu. Aaron transfère donc les péchés du peuple juif sur ce bouc et le peuple est pardonné.

Mais comment ce simple rituel pourrait-il suffire à effacer les péchés de toute une nation alors que, dans la tradition juive, le pardon se décompose en 3 étapes indispensables :

1. La reconnaissance des fautes (VIDOUÏ)

2. Le fait d'éprouver du regret (KHARATA)

3. La prise de décision pour l'avenir (KABALA LE-ATID) : les bonnes résolutions.

Reconnaissance : Au regard du sort réservé à ce bouc, nous prenons conscience de celui qui nous est épargné. L'envoi du bouc émissaire permet de reconnaître nos erreurs, et donc de satisfaire à la première phase du pardon, le VIDOUÏ. C'est d'ailleurs ce qui ressort du commentaire de Rachi qui cite un passage du traité Yoma dans le Talmud. Aaron devait se confesser SUR le bouc : עָלָיו וְהִתְוַדָּה. Le mot וְהִתְוַדָּה a la même racine que celle de VIDOUÏ, la reconnaissance des fautes.

Regret : Le regret est ressenti par le pénitent lorsqu'il inflige au bouc émissaire un sort qui lui est destiné. Il impose à un innocent une longue errance qui, consciemment ou non, lui inspire du regret.

Bonnes résolutions : là où le bouc n'avait d'autre issue que d'errer et mourir, l'Homme a la possibilité de décider de devenir meilleur.

Dans la pensée moderne, le bouc émissaire désigne un responsable à qui on attribue tous les maux de la société et qui est sacrifié au nom de tous. Pour le philosophe René Girard, c'est le mécanisme social qui exige une punition pour apaiser la société. Le bouc émissaire payera pour expier la faute et porter la culpabilité de tous, même si en réalité il est innocent, tout comme le bouc de la Tora. Tout comme le bouc biblique, le bouc moderne ne peut rien pour se défendre car il est choisi parmi les plus faibles : minorités sociales, ethniques, culturelles ou religieuses.

Quelle serait la forme moderne du rituel du bouc émissaire?

De nos jours, les sacrifices, קָרְבָּנות en hébreu, ont été remplacés par la prière, la תְּפִלָּה. Les mots deviennent porteurs de nos péchés.

Mais comment retrouver les trois phases du pardon, à savoir reconnaissance, regret et résolution dans la prière ?

Reconnaître c'est simple : par les mots justement. Tout comme il est toujours plus simple de trouver un bouc émissaire.

Les regrets, eux, ne sont crédibles que s'ils sont exprimés avec sincérité

Enfin, la promesse dun comportement meilleur sexprime aussi par les mots de la prière mais n'aura de valeur que si elle se vérifie dans les actes.

Finalement, le bouc émissaire est un moyen dentrer sur le chemin du pardon, mais le "pardon" ne s'arrête pas là. D'ailleurs, dans sa signification moderne, le bouc émissaire n'est pas suffisant non plus. Dans sa théorie, René Girard affirme que le bouc n'est qu'un moyen temporaire dapaiser les culpabilités, mais ne constitue pas une réparation totale.

Nous pourrions retenir de tout cela que si les deux premières étapes du pardon - reconnaissance et regret - sont facilement réalisables, la réparation de la faute qui passe par une modification de notre comportement futur est un chemin long et difficile, comme lest lerrance de notre bouc.

Pour terminer, je voudrais citer un commentaire mystérieux d'Abraham Ibn Ezra, sage juif du 12ème siècle. Dans son commentaire sur le verset qui parle du bouc émissaire, il dit qu'en comprenant le secret du mot עֲזָאזֵל on arrivera à comprendre sa symbolique car "il a des amis dans la Tora" et "le nombre 33 nous aidera à comprendre". De nombreuses recherches ont tenté depuis des siècles de décrypter cette énigme. Par un procédé compliqué de décompte de versets et en reculant de 33 chapitres, nous découvrons que le châtiment de la lèpre est lié au bouc émissaire. Il se trouve que le mot O'R, qui désigne la peau d'une personne atteinte de la lèpre, apparaît 33 fois dans ce passage. D'après Ibn Ezra, ce serait donc la lèpre qui serait "amie" du bouc émissaire. Ce qui voudrait dire que tous deux viennent réparer une faute similaire.

D'après de nombreux commentateurs, le bouc émissaire vient réparer le péché d'idolâtrie, alors que la lèpre vient punir celui qui a dit du mal de son prochain.

Médire et rabaisser son prochain est une façon de se valoriser soi-même, cest une forme d'idolâtrie moderne : l'égocentrisme, l'individualisme... et ce serait cela que le bouc émissaire viendrait réparer...

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Je remercie ma mère et mon père pour mavoir accompagné pendant toute la préparation de ma bar mitzva, mais aussi pour lhéritage quils mont transmis : je suis lenfant de deux cultures, celle de ma mère qui a été élevée dans le christianisme en Bretagne, celle de mon père sépharade élevé dans le judaïsme.

Quand jai décidé de faire ma bar mitzva je nai pas fait un choix entre mon père et ma mère ou entre ma famille juive et ma famille bretonne. Jai choisi un parcours qui est le mien et qui sera différent de tous les autres.

Je remercie mon papi Simon et ma mamie Marie qui mont initié au judaïsme et qui mont accompagné jusqu'à aujourdhui

Je remercie ma grand-mère Christine qui m'a enseigné lamour du prochain et la générosité.

Je remercie mes deux sœurs, Noémie et Abigaël et mon cousin Samuel qui ont été présents à mes côtés toutes ces années ainsi que ma tante Véra et mes deux oncles Baruk et Laurent.