Kippour 5776

Dracha prononcée par Aline Benain, présidente d'Adath Shalom, le jour de Kippour (23 septembre 2015)

Chers amis,

 

Nous sortons d’une année terrible.

 

Je ne crois pas nécessaire de rappeler des faits que nous connaissons tous trop bien, cette barbarie dont certains, même après Toulouse, voulaient croire dans leur candeur, ou pire, dans leur naïveté feinte, qu’elle ne pouvait pas  nous atteindre.

Cette situation, d’une gravité inédite, nous a contraints à prendre des mesures exceptionnelles, à changer aussi nos comportements, parfois trop légers en matière de sécurité.

Je veux remercier chacune et chacun des efforts consentis pour garantir la sécurité de tous. J’y vois, non pas seulement l’effet d’une inquiétude pour soi mais le souci précieux de la Communauté.

Cependant, alors que les faits, tragiques et têtus, nous contraignaient à barricader nos mûrs, nous avons veillé, et je crois réussi, à ne murer ni nos esprits, ni nos cœurs.

Nos offices, nos cours et l’ensemble de nos activités se sont poursuivis aussi normalement que possible et sans discontinuité. Faire autrement, c’eut été, déjà, donner la victoire aux forces qui souhaitent nous voir disparaitre.

Le récent succès de la Journée Portes Ouvertes que nous avons organisée et à l’occasion de laquelle un nombre considérable de bénévoles s’est mobilisé, est la démonstration que nous ne sommes trompés ni sur l’objectif, ni sur la méthode.

Plus que jamais, il relève de notre responsabilité, de notre devoir - j’allais dire de notre mission- de faire vivre à l’intérieur de notre Communauté, dans le monde juif et à l’extérieur, ce Judaïsme exigeant et ouvert que nous aimons et dont nous savons qu’il est vecteur d’avenir et de pérennité.

« Choisir la vie » à chaque instant, c’est essayer d’être à la hauteur de la vocation historique et transcendante confiée à notre Peuple, vocation dont nous sommes les dépositaires et devons être les passeurs modestes, opiniâtres et efficaces : « Mamlehet Cohanim ve Goy Kadoch », « Une Nation de prêtres et un Peuple saint ».

Je lisais tout récemment un bel enseignement du Rav Steinsaltz à propos des fêtes de Tichri : « La question du Sage, remarquait-il, contient en elle-même les germes de la réponse, cependant au moment de quitter une année et pour se préparer à entrer dans la suivante, nous devons d’abord nous interroger quant aux questions qui doivent être posées, nous fertilisons ainsi le sol d’où pourront jaillir les réponses ».

Au mois de juillet dernier, comme tous les étés depuis trois ans, j’ai été invitée à participer au séminaire du FSJU qui réuni en Avignon, une vingtaine de responsables communautaires de toute tendance. Côté « IN » les débats pour être cordiaux n’en sont pas moins intéressants et stimulants. Côté « OFF », les conversations sont rassurantes : nous sommes tous confrontés aux mêmes interrogations, problèmes et défis.

Parce que nous travaillons pour que la Parole que nous portons soit un jour, pas si lointain, portée par d’autres, portée par nos enfants, la jeunesse est une préoccupation majeure partagée.

J’ai confiance qu’à Adath Shalom la relève sera prête, encore faut-il l’aider, non sans un certain doigté, à se préparer…

Je me réjouis du renforcement de nos liens avec Marom, qui rassemble les jeunes  adultes du Mouvement massorti. En plus des dîners chabbatiques qu’ils organisaient déjà régulièrement avec succès, de la participation d’un certain nombre d’entre eux au Beit Midrach, ils prendront cette année en charge, en coordination étroite avec notre rabbin, quelques  offices du vendredi soir. 

Nous souhaitons également proposer aux jeunes filles et jeunes gens, agés de 16 à 23 ou 24 ans, des activités ou des rencontres régulières, qui, sans être surabondantes donc difficiles à intégrer dans des emplois du temps souvent bien lourds, seraient pour eux l’occasion d’évoquer, de manière informelle, des questions dont tels ou telles nous ont fait savoir qu’elles les intéressent ou les préoccupent.

Ces dispositifs compléteront ainsi le travail remarquable déjà accompli par le Talmud Torah et le pôle Bar/Bat Mitzvah, les groupes Nitsanim et depuis cette année Nitsanim katanim, « bourgeons » et « petits bourgeons » qui rencontrent un très grand succès le chabbat matin tant auprès des enfants que de leurs parents qui contribuent très largement à les animer.

Evidemment, je n’oublie pas l’EJM, l’Ecole juive moderne, née il y a une dizaine d’années à l’initiative de notre rabbin, portée par Adath Shalom, l’ULIF et le MJLF, dont le succès traduit une excellence pédagogique reconnue désormais par tous et à laquelle se dévouent sans compter et sans se ménager, dans la plus grande discrétion, certains Administrateurs d’Adath Shalom. Qu’ils entendent ici, par ma voix, l’expression de la reconnaissance de tous.

Ainsi, vous le constatez, « aux âmes bien nées, les questions n’attendent pas le nombre des années ». J’ai la faiblesse de penser que cela est encore plus vrai à Adath Shalom qu’ailleurs.

Lorsque nous parlons du Judaïsme « exigeant » qui est le nôtre, nous n’entendons évidemment pas rigueurs inutiles, surenchères orthopraxes qui confinent parfois à l’idolâtrie, stigmatisation de ceux qui ne nous ressemblent pas comme illégitimes. Nous parlons d’un Judaïsme qui inscrit sa présence au monde dans le cadre normatif mais dynamique et fécond, fécond parce que dynamique de la Halaha, d’un Judaïsme et d’une culture juive dont la vitalité intellectuelle doivent demeurer sans pareil, d’un Judaïsme dont l’identité forte n’a pas été détruite par la fréquentation millénaire des Nations mais qui a su, en dépit des épreuves, s’en nourrir pour le Bien de tous.

C’est cette vision du Judaïsme que nous allons continuer à porter haut sans tapage et à transmettre à qui veut bien la recevoir avec honnêteté sinon toujours, d’abord, avec une totale sympathie. Je dis volontairement « porter haut » et « transmettre à » certainement pas « communiquer » selon l’usage intransitif et détestable fait aujourd’hui de ce verbe et où s’entend toute la misère spirituelle, intellectuelle et humaine de notre monde.

Nous travaillons ainsi à l’organisation d’une série de rencontres autour du thème de la mémoire. Pas seulement notre mémoire tragique et douloureuse mais tous les chemins de nos mémoires dans leurs différentes incarnations, sans oublier non plus les mémoires d’autres que nous.

Nous voudrions également, et je reprends ici la suggestion d’une amie et fidèle de notre Communauté, organiser une table-ronde sur la question du fanatisme, dont l’été, nous a rappelé, hélas, si l’en était besoin, qu’il ne relève pas pour nous uniquement des Affaires étrangères.

Ces projets viendront compléter le programme déjà très fourni de nos cours et activités et qui s’enrichit d’ailleurs cette année d’une initiation à la méditation juive. Nous en aurons certainement besoin pour rester toujours…zen.

 

Mais, me direz-vous, tout ceci est beau et grand, sans doute, mais « qu’est-ce qu’on mange ? » La question est légitime, pas seulement un jour de Kippour. Aussi, ne vais-je certainement pas oublier de vous parler de « la cuisine », qui, comme chacun, sait est à Adath Shalom la désignation métonymique de « nos locaux ». Nous y pensons et même nous travaillons activement sur la question. Les impératifs de notre protection physique nous ont imposé de commencer cette année par l’installation des lourds et couteux dispositifs de sécurité que vous connaissez. Cela ne signifie pas que nous ayons renoncé à restaurer, embellir, reconfigurer notre Synagogue et notre Centre communautaire. Ainsi que nous nous y sommes engagés, vous serez informés et surtout associés à la réflexion et la mise en œuvre de ces transformations. J’espère que l’an prochain, à ce même moment, nous pourrons nous réjouir de ce qui aura été, dans ce domaine aussi, accompli.

 

Vous le voyez et vous en êtes les acteurs, en dépit d’un contexte très sombre et pour cela même aussi, nous avons comme toujours, plus que jamais et encore plus, besoin de votre voix, de votre engagement et de votre action. Nous avons, bien sûr, besoin de notre rabbin, que je veux remercier une fois encore, non comme la figure imposée d’un exercice présidentiel annuel, mais très sincèrement, du souffle et de l’inspiration qu’il donne, au quotidien, à Adath Shalom comme de sa présence auprès de chacun, que le temps soit à la joie partagée mais encore à la douleur ou au deuil.

 

Mes amis, avec l’aide de Dieu… et votre implication active, en cette année 5776, comme les précédentes et comme celles qui suivront, ce que nous nous allons continuer à vivre ensemble, à défendre et à porter, chacun à notre manière, singulière et irremplaçable, ce que nous allons faire rayonner dans ce monde qui manque si terriblement de lumière, ce que nous allons offrir sans contrepartie, c’est notre bonheur, pour nous et au service de tous, notre  bonheur d’être Juifs.

 

Chana tova ouGmar Hatima tova!

                                                                       Aline Benain.