Hanoucca

La fête des lumières, la fête de la survie spirituelle du peuple juif

C’est une fête rabbinique et non biblique. Ces dernières sont au nombre de cinq : Pessah, Chavouot, Roch Ha-Chana, Yom Kippour, Souccot (et donc Simhat Torah) et Chabbat. Comme Roch Hodech, Hanoucca n’est pas une fête chômée. C’est-à-dire qu’il n’y a pas interdiction de faire tout ouvrage. Il faut comprendre les fêtes chômées comme des mises en retrait. Il existait en fait de nombreuses fêtes rabbiniques ou mentionnées dans le Talmud, mais beaucoup sont tombées en désuétude. Pour d’autres, comme Tou Bichvat, il existe une date mais auparavant ce n’était pas une fête. Puis vers le XVIe siècle, les cabalistes se sont intéressés à cette question. Ensuite avec l’avènement du mouvement sioniste et la création de l’Etat d’Israël, Hanoucca est devenue une fête importante.

Cette fête comporte un repas particulier, sa thématique est attrayante et elle est un peu à part dans le calendrier ; tout cela lui confère une certaine importance, mais pourtant elle ne l’est pas davantage que les autres fêtes bibliques. Certaines fêtes rabbiniques sont très fêtées, c’est le cas de Hanoucca et de Pourim. Ce sont des fêtes de joie alors qu’on a évité le pire. Hanoucca est une fête du souvenir.

Dans le Talmud, on ne parle pas des batailles des Maccabées, ni de l’aspect historique de l’événement. Cette fête n’a pas de support textuel juif. Le seul texte est celui de la Bible chrétienne. Il y a eu une occultation des événements historiques, mais on ne sait pas bien pourquoi. Peut-être parce qu’au moment où il y a eu la codification des fêtes, les Juifs étaient sous domination romaine, c’est-à-dire dans une situation analogue et donc douloureuse. Il y avait peut-être assez peu de sympathie pour cette fête car l’indépendance n’avait duré qu’un siècle. En 334 avant notre ère, Alexandre Le Grand conquiert toute l’Asie et instaure le plus grand empire du monde jamais réalisé. L’Egypte est conquise et donc aussi la terre d’Israël. L’Egypte passe sous la coupe des Ptolémées, la Syrie et l’Irak sous celle des Séleucides. Quand Alexandre Le Grand arrive, les Juifs de retour d’exil sont assez nombreux. Un certain syncrétisme se développe entre la culture de type grec avec les cultures locales = hellénisation. Des cités sont construites par les conquérants, ainsi une trentaine de villes portent le nom d’Alexandrie. Jusqu’à l’an 200 avant notre ère, les Juifs sont sous la domination des Ptolémées. Aucune révolte n’est recensée pendant cette période. Progressivement, certains Juifs s’intéressent à la culture hellénistique. L’hellénisation se fait par les jeux ; des jeux inter-villes qui sont propices au commerce et au tourisme. Parmi les Juifs, ceux qui sont les plus intéressés sont les riches et donc les cohanim. En 200 (environ), la terre d’Israël passe sous la domination des Séleucides (ou Gréco-syriens). Des taxes sont prélevées par les rois. En –170, un projet de réforme est mené par un certain Jason ; Jérusalem deviendrait une polis (cité au sens grec du terme). Il faut un gymnasium (sports et bibliothèque). On essaie de trouver de l’argent auprès du peuple et du Temple afin que le roi octroie le statut de polis à la ville. Le roi Antiochus Epiphane, roi mégalomane, veut mettre fin aux signes visibles du Judaïsme (circoncision, chabbat et cacherout) et ce afin d’uniformiser le royaume. En outre certains Juifs refusent de participer aux jeux et d’honorer d’autres dieux. En –167, les signes religieux sont interdits. Une statue de Zeus est placée dans le Temple, des sacrifices de porc sont offerts sur le parvis du Temple. Ceci est vécu comme une attaque de l’expression fondamentale de la religion. Des irréductibles veulent défendre leur statut de Juifs. Une famille (les macchabées ou Hasmonéens) mène une révolte contre le royaume Gréco-syrien, une sorte de guérilla. Si bien qu’au bout de trois ans, Jehuda Hammacabi entre avec ses troupes dans Jérusalem et dans le Temple. On en trouve mention dans les deux livres des Maccabées (Bible chrétienne) et chez des historiens postérieurs aux événements (Flavius Josèphe et Philon d’Alexandrie environ deux siècles plus tard). On n’y parle pas de la fiole d’huile retrouvée dans le Temple.

C’est une fête des lumières car il y eut « grande joie et grande lumière » (la Ménorah est rallumée). La seule source de cette fête est un texte du Talmud dans le traité Chabbat. Un grand symbolisme est rattaché à cette fête. La lumière est une métaphore de l’espoir et du psychisme humain. On y trouve le thème de l’huile qui est restée pure mais aussi de l’huile qui devait durer un jour et a duré huit jours = phénomène de pérennité (c.f. le Buisson Ardent), c’est l’indice d’une présence de quelque chose qui brave les lois de la nature. Israël a pour vocation de ne pas perdre sa flamme. Idée du D. monothéiste qui surplombe temps et espace et ne se consume pas. Dans les Psaumes, l’âme est la lampe de l’Eternel. + symbolique de la lumière à cette période de l’année. Un midrach raconte qu’Adam fêtait le solstice d’hiver. + idée de démultiplication. Les Juifs étaient en position minoritaire et cependant ils ont réussi à se révolter et à reconquérir le pays. Un petit nombre peut tenir tête à un grand nombre. C’est une partie du message d’Israël ; cette capacité à traverser les espaces et le temps. Le royaume hasmonéen dure pendant environ un siècle. Il lutte contre l’idolâtrie, souhaite uniformiser la population et a recours à des conversions de force. L’influence grecque ne disparaît pas tout à fait pour autant (c.f. noms des rois). Puis le royaume est en proie à des luttes fratricides et à la faveur d’une de ces luttes, Pompée fait entrer Rome en Israël.