Présence de l'espoir

Un nouvel ouvrage de Catherine Chalier

Chimère aux yeux des philosophes, l’espoir est au contraire, dans la littérature spirituelle du judaïsme, une ouverture de l’homme sur ce qui l’excède : l’insistante présence d’un au-delà du présent.

Selon certains philosophes, espérer serait au mieux une consolation, et il conviendrait de l’abandonner au profit d’une sérénité plus forte que les malheurs. Mais dénoncer la vanité de tout espoir est-il si sage ? Comment comprendre que, même dans des situations terribles, l’espoir déserte rarement tout à fait le cœur humain ? Pourquoi cette insistance de l’espoir à surprendre jusqu’aux partisans d’une lucidité qui le récuse ?



Espérer, c’est discerner au cœur du tragique et de la tentation du désespoir, ce qui peut nous y soustraire. C’est aussi résister à la pensée que la nécessité régit ce qui advient. L’espoir n’est ni une compensation ni une consolation. Plus profondément, il espère une réparation du présent. Surtout, il atteste une ouverture de la finitude humaine sur ce qui l’excède. Espérer, c’est s’avancer vers ce qu’on ne voit pas et ce qu’on ne prévoit pas mais qui, déjà, nous affecte. Dans le cadre biblique, l’espoir se fonde sur une promesse qui ne concerne pas uniquement l’avenir humain et le sens de l’histoire. Il ouvre une perspective eschatologique relative à un monde qu’aucun œil n’a vu. La question « as-tu espéré ? » nous sera d’ailleurs posée après notre mort, selon le Talmud. Espérer apparaît alors comme une vertu des plus exigeantes.

 

Catherine Chalier est philosophe, spécialiste du judaïsme. Elle a notamment publié : Spinoza lecteur de Maïmonide, la question théologico-politique (Cerf, 2006), Transmettre, de génération en génération (Buchet-Chastel, 2008), et La Nuit, le Jour (Seuil, 2009), qui a reçu le prix des Écrivains croyants.