Paracha Terouma 5773

Dracha prononcée par Judith le 16 février 2013

Chabbat Chalom,

Qu’est-ce qui vous semble le plus important : la Création du Monde ou la construction d’une cabane ?

Si nous prenons comme critère le nombre de versets que la Tora consacre à chacun de ces événements, la réponse est claire :

- Le récit de la création du Monde, l’univers avec le Soleil, la Lune, les étoiles, les planètes dont bien sûr la Terre avec tout ce qu’elle contient (mers, animaux, végétation et les êtres humains)… tout cela n’occupe que 31 versets.

- Par contre, la construction du Tabernacle, une cabane faite de planches de bois et de tissus, avec ses objets de culte consacrés à Dieu, occupe 300 versets, soit dix fois plus que la Création du Monde !

Si on ajoute le récit de l’inauguration du Tabernacle, nous arrivons à près de 400 versets !

Comment expliquer une telle disproportion ?

Pour le comprendre, il faut s’interroger sur le but de la Création du Monde et sur la signification du Tabernacle…

Le récit de la Création se termine par ce verset :

« Dieu bénit le 7e jour et le sanctifia

car en ce jour il se reposa de tout son travail

que D. avait créé FAIRE. »

Vayevarekh Elohim et yom ha-chevii vayekadech oto

ki vo chavat mikol melakhto

acher bara Elohim LAASSOT

Ce verbe, LAASSOT, « faire », qui termine le récit de la Création, n’est pas rattaché grammaticalement au reste de la phrase. Il conclut le récit de la Création comme pour nous faire comprendre tout ce qu’il nous reste à faire.

On peut donc penser que pour Dieu, le but de la création du Monde était que l’homme poursuivre l’œuvre de la Création.

Dans la paracha «Terouma» que nous lisons ce chabbat, Dieu invite les enfants d’Israël à construire le Tabernacle :

« Invite les enfants d’Israël à me préparer un don de la part de chaque personne qui sera portée par son cœur, vous recevrez mon offrande (…) et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux » (Ex 25 :2-8)

Le Tabernacle était un sanctuaire démontable que les Hébreux construisirent au Mont Sinaï et transportèrent dans le désert jusqu’en Terre Promise. Il était constitué d’un parvis où les sacrifices étaient offerts et d’une tente abritant en particulier l’Arche d’Alliance.

En hébreu, Tabernacle se dit MICHKAN, qui signifie « demeure, résidence ».

Ce mot a la même racine que CHEKHINA, la Présence divine.

Le Michkan n’était pas une demeure pour Dieu mais une construction permettant la venue de la Présence divine.

En effet, Dieu ne dit pas :

« Ils me construiront un sanctuaire pour que je réside dedans :

VE-CHAKHANTI BE-TOKHO »

Mais :

« Ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux : VE-CHAKHANTI BE-TOKHAM »

non dans le lieu mais parmi eux….

La construction du Michkan est présentée comme un partenariat entre l’homme et Dieu, comme un prolongement de la Création du Monde : Dieu a créé le monde pour nous et nous devons faire de la Terre une résidence digne de Sa Présence.

Pour rendre hommage au Créateur, l’homme doit être un bâtisseur.

On peut alors se demander pourquoi Dieu n’a pas apprécié la construction de la Tour de Babel, le premier grand ouvrage entrepris par les hommes. N’était-ce pas une construction grandiose ?

Examinons le texte qui, notons-le au passage, n’occupe en tout que 9 versets dans la Tora :

«Vayomerou hava nivné lanou ir oumagdil

vérocho vachamayim

vénaassé lanou chem»

«Ils dirent : bâtissons-nous une ville et une tour

dont le sommet atteindra le ciel

et faisons-nous un nom»

On voit que les hommes construisaient la Tour de Babel dans un désir de puissance, pour se faire «un nom».

Il s’agissait en quelque sorte de monter vers le ciel pour être l’égal de Dieu.

Le but n’était pas de glorifier le Créateur mais de s’établir soi-même comme «  Bâtisseur suprême ».

Nous avons vu que le but de la construction du Michkan était que Dieu «réside parmi eux».

L’objectif n’était donc pas, comme les bâtisseurs de Babel, de MONTER vers Dieu mais de faire DESCENDRE la Présence divine.

En d’autres termes, on ne cherche pas à s’élever physiquement mais moralement vers Dieu en œuvrant à faire d’ici-bas un endroit digne de la Présence divine.

En quoi la construction du Michkan nous permet-elle de remplir cette mission ?

La réponse se trouve dans le nom de la paracha que nous lisons ce Chabbat, « Terouma », qui signifie « don, cadeau, offrande ».

Chacun doit apporter sa contribution, faire un don.

Le texte précise bien que les dons pour la construction du Michkan viendront : 

« de chaque personne qui sera portée par son cœur »

« méèt kol ich acher yidvénou libo ».

Le récit de la construction du Michkan est un modèle pour la construction d’un monde basé sur la générosité et le partage.

Cette construction n’est pas limitée dans le temps puisque notre mission d’être humain est de bâtir une résidence pour Dieu.

C’est une construction que nous faisons jour après jour, génération après génération, chacun à sa façon, chacun selon ses moyens, selon sa volonté, ses compétences…

Je pense que la Bat-Mitsva marque le moment où l’on commence à participer à cette construction.

Aujourd’hui, j’espère apporter ma première pierre à ce grand édifice en vous livrant cette étude.

Chabbat Chalom !