Chabbat chira 5775

Dracha prononcée par Samuela J. le 31 janvier 2015

Shabbat shalom !

Ce shabbat est très particulier. Bien sûr, parce que je célèbre aujourd’hui ma bat mitsva, mais aussi parce que c’est Shabbat Shira : le shabbat du cantique.

Il s’appelle ainsi car la parasha Beshala’h contient le fameux Shirat ha-yam, le cantique de la mer chanté par Moïse après la sortie d’Égypte.

Elle contient aussi le chant de Myriam et, dans la Haftara, nous chantons le cantique de Déborah.

Ce shabbat est aussi spécial car il met à l’honneur des femmes héroïques :

  • Myriam, la prophétesse

  • Débora, Juge, prophétesse et chef de guerre

  • Et Yael, une femme non-juive, amie d’Israël.

Mais c’est une autre femme dont la présence m’a particulièrement intriguée…

 

La haftara de shabbat shira relate une bataille entre les israélites et la puissante armée cananéenne commandée par le général Sissera, qui dévastait depuis 20 ans les tribus d’Israël.

Les israélites, moins équipés et moins nombreux que les cananéens, vainquirent leurs ennemis grâce à la stratégie militaire de Déborah.

Le méchant Sissera, s’étant enfui à pied, trouva refuge chez Yael qui l’invita dans sa tente. Elle lui offrit du lait et de la crème pour l’endormir, et, pendant qu’il dormait… elle lui fracassa le crane avec une cheville et un marteau.

 

Dans son cantique, Débora glorifie l’acte de Yael :

« TÉVORAKH MI-NACHIM YAËL »

« Bénie soit Yael entre toutes les femmes ! »

 

Pourtant, elle termine en évoquant une autre femme, qui attend avec inquiétude le retour de son fils :

« BÉ-AD HA-HALONE NICHKÉFA VA-TÉYABÈV ÈM SISSÉRA… »

« Par la fenêtre, à travers le treillis, la mère de Sissera regarde et s’écrie :

Pourquoi son char tarde-t-il à venir ? Pourquoi ses chars vont-ils si lentement ? »

Comment se fait-il que dans son chant de victoire, Débora évoque la maman de son pire ennemi ?!?

Tout d’abord, Débora est Juge et chef de guerre, mais elle a, en plus, une sensibilité féminine. Elle parle d’ailleurs d’elle-même comme une « mère en Israël : ÈM BE-ISRAËL». En tant que femme et mère, elle pense à ce que peut ressentir une autre maman, fut-elle la mère de Sissera !

Le Talmud reprend cette pensée en expliquant que le son du chofar que nous sonnons à Roch Ha-chana ressemble aux pleurs de la mère de Sissera. Selon une coutume, le chofar est sonné 100 fois pendant Roch ha-chana car elle aurait pleuré 100 fois.

Si le Talmud associe le chofar de Roch Ha-chana à la mère de Sissera, c’est peut-être parce que c’est une fête universelle qui célèbre la naissance de l’humanité et nous rappelle que nous devons prendre en considération tous les êtres humains, juifs ou non-juifs, amis ou ennemis.

On retrouve cette idée dans le Midrach, qui raconte que lors de la sortie d’Égypte, quand les égyptiens se noyèrent, Dieu réprimanda les anges qui se réjouissaient en leur rappelant que les égyptiens sont aussi Ses créatures.

De même, dans la Haggada de Pessah, nous enlevons un peu de vin de notre coupe en récitant les dix plaies car le malheur des égyptiens diminue notre joie.

Cela ne signifie pas que nous ne devons pas être heureux d’avoir été libérés de l’esclavage d’Égypte ! Bien au contraire, et Pessah est une des fêtes les plus joyeuses du Judaïsme. Mais, dans notre célébration, nous avons le devoir de nous souvenir que les égyptiens ont souffert pour que nous soyons libérés.

 

Il est tout à fait légitime de nous réjouir de nos victoires ! Et c’est ce que fait Déborah avec ce cantique, qui invite les israélites à célébrer, avec elle, leur libération des griffes du terrible Sissera.

Mais nous ne devons jamais nous réjouir du malheur des autres et nous ne devons pas céder à la tentation de déshumaniser nos ennemis.

Se souvenir qu’ils ont, eux aussi, une famille, comme le fait Déborah, peut être un bon moyen de ne pas devenir pire que nos ennemis.

Cependant, faire preuve d’humanité et d’empathie ne signifie pas que nous devons être faibles et rester des victimes !

Par exemple, Yael n’hésita pas à utiliser la ruse et la violence pour en finir avec Sissera. Il faut être fort et déterminé face à ceux qui nous veulent du mal.

Lorsque nous nous trouvons dans une situation difficile, nous pouvons nous inspirer des trois femmes qui font Chabbat Chira :

- Myriam et son courage,

- Déborah et sa compassion,

- Yael et sa détermination.

L’essentiel étant de trouver le bon équilibre entre les trois !

*****

Je pense que mes parents, avec leurs encouragements et leur affection, ont fait de moi une jeune femme déterminée, et je les en remercie.

Je remercie mes grands-parents qui m’aident toujours à trouver le bon équilibre.

Un grand merci au rabbin Rivon Krygier, à ma tutrice Yael Azoulay et à tous mes professeurs du Talmud Torah, qui ont toujours fait preuve de compassion à mon égard…

Merci à mes amis et ma famille qui m’ont soutenu tout au long de la préparation de ma Bat Mitsva, qui m’a demandée beaucoup de courage et de détermination !

I would like to Thank my family who came all the way from the United States and Israel. I am very happy to have you to support me. It means a lot to me!

And to everyone – et à vous tous : shabbat shalom!