La peau de son visage rayonnait

Jesabel D. - Paracha ki tissa 5758

Dans la paracha d’aujourd’hui, Ki Tissa, il est dit à propos de Moïse : « Ki qaran aur panav » ce qui signifie que la peau de son visage rayonnait. Ainsi de par la discussion avec Dieu, lui est transmis cette lumière que j’appellerai divine. Mon étude portera donc sur la Lumière et sur son importance.

Dans le premier chapitre de Berechit dans la Genèse, verset 3, Dieu crée la lumière : « Va-yomer elohim yehi aur va yehi aur. » Et Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut.

La lumière est la première chose que Dieu crée. Auparavant ce n’était que ténèbres et chaos. Lorsque la lumière est créée ce premier jour, elle est d’origine immatérielle, en ce sens qu’elle n’émane pas d’un corps lumineux, les astres n’étant créés que le 4eme jour. Sa création tend à bonifier les ténèbres qui désormais forment la nuit. Elle a donc un effet positif sur elles et s’y intègre même lorsque le 4ème jour sont créés les corps lumineux. Les astres permettent de matérialiser la lumière. Ils permettent également de dissocier le jour de la nuit, l’avancée du temps, de mettre en place des repères, mais aussi, grâce aux étoiles et à la lune, de ne pas totalement être dans l’obscurité la nuit.

Au tout commencement fut donc créée la lumière spirituelle, immatérielle tout comme l’est Dieu. Puis ce furent ses supports, les astres, ces corps lumineux petits et grands ayant pour mission d’éclairer et d’entourer la vie.

D’ailleurs Eve et Adam étaient d’après Rabbi Yehouda, enveloppés d’une auréole de lumière avant de commettre la faute de manger le fruit de la connaissance. Ce rayonnement faisait que nul ne s’apercevait de sa nudité. Mais en fautant, l’auréole de gloire disparut et il ne resta plus que les vêtements qui couvraient leur peau.

La lumière n’a d’après moi pas disparu, cependant de par l’opacité de la peau, elle est devenue invisible. Il y eut longtemps des controverses à ce propos étant donné que les mots peau et lumière sont homonymes et se disent tout deux « aur ». Ainsi les hommes avaient des tuniques de peau (ketounot or) que Rabbi Meïr appelait « tuniques de lumière » en se fondant sur une autre version substituant le aleph au ayin du mot « aur » pour y lire non pas ‘peau’ mais ‘lumière’. Rabbi Itzhak évoque le fait que l’unique vestige de cette transparence est la lunule (partie blanche en forme de lune) à la racine des ongles. Quant à Rabbi Yehouda Arie Löb de Gour, il soutient que toute la création fut enveloppée après le péché d’une unique tunique de peau, l’homme étant le reflet du macrocosme. Avant la création de l'homme, la lumière Divine inondait toute la terre, mais après la faute primordiale,  Dieu Se retira dans les sphères supérieures, et l’homme ne put désormais le reconnaître qu’à travers ce voile qui le cachait à ses yeux…

D’une certaine manière l’homme devint ainsi aveugle, déduction appuyée par le fait que les lettres du mot lumière - aleph vav rech (aur) - peuvent former par homonymie le mot « aveugle » qui se dit iver (mais avec la lettre ayin et non aleph). Dans ce même sens, le texte biblique raconte que Dieu dessilla les yeux d’Adam et Eve après qu’ils eurent mangé du fruit défendu, qu' Il les rendit aveugles à cette lumière et qu’ainsi, ils découvrirent qu’ils étaient nus…

Nous pouvons donc dire que ces tuniques sont des tuniques de peau opaque car elles rendent l’homme aveugle, mais elles sont encore en quelque façon des tuniques de lumière en ce sens qu’elles laissent malgré tout transparaître la toute-puissance du Créateur et font prendre conscience des choses.

La Lumière est donc de nature divine, et lorsque Moïse reçoit l’enseignement de Dieu et Ses Dix commandements, il a pour rôle de les transmettre. Par ce biais il transmet également le rayonnement et la puissance de l’Eternel. Mais lorsqu’il descend la première fois du mont Sinaï, il aperçoit le peuple d’Israël dansant et adorant un veau d’or. Et l’or est la matérialisation de la lumière. Ainsi en la matérialisant, ils matérialisent Dieu. Moïse brise les tables de la loi et fait disparaître cette fausse lumière. Il remonte alors sur la montagne et lors de son ultime descente c’est son propre visage qui rayonne, de manière si forte qu’il effraie les enfants d’Israël. En effet la lumière spirituelle, contrairement à l’or métallique, est bien plus impressionnante car elle est mystérieuse. Ce rayonnement est d’après moi une certaine bénédiction retrouvée, mais également une partie de Dieu transmise à Moïse, le signe de la spiritualité dans laquelle il vivait, l’expression de la peau de lumière retrouvée. Par ailleurs cette lumière ne peut être diffuse sans porter à confusion. Moïse couvre son visage d’un voile pour l’atténuer lorsqu’il s’adresse au peuple et s’en défait en présence de l’Éternel.

Peut-on en tirer quelque chose dans notre expérience qui n’est ni confrontée à la présence de Moïse et encore moins à la présence immédiate de Dieu ? Il me semble que la lumière naturelle ou spirituelle bonifie tout ce qui l’entoure, et son action sur l’homme est plus qu’agréable. Chaque rayon de soleil agit sur le moral et l’état d’esprit du monde. Chaque sentiment positif pour nous est accompagné d’un certain rayonnement individuel que nos proches remarquent. Même si cela peut vous paraître naïf, j’ai la conviction que les bons sont toujours lumineux et les mauvais toujours sombres. Notre vocabulaire, notre langue, ont intégré des milliers d’expressions et de mots mêlant la lumière à des qualités : briller d’intelligence, avoir les yeux vifs, être rayonnant, une lueur d’espoir, une idée lumineuse… Bref, l’action de la lumière sur l’homme est bénéfique.

À mes yeux dessillés, un dernier aspect mérite encore d’être traité. Certes en fautant, Adam et Eve ont perdu l’Eden et l’enveloppe lumineuse qu’il suscitait. Mais l’impact fut également positif. En un sens, en ayant été chassés par Dieu, ils ont quitté une situation infantilisante, je dirais même aveuglante, dans laquelle étaient satisfaits tous leurs besoins sans le moindre effort. L’homme doit désormais travailler, construire, faire des démarches personnelles, ce qui entraîne finalement une satisfaction incroyable. Chaque réussite est une récompense des plus précieuses. Il en est de même pour la lumière intérieure de chacun, devenue opaque par la peau qui la recouvre. Si nous voulons la faire rejaillir, il nous revient de découvrir comment la susciter.

Accomplir une Bat Mitzva à 16 ans n’est pas dans les normes habituelles et résulte d’un choix personnel de ma part. Par la liberté que m’ont offerte mes parents, ils m’ont permis de m’impliquer profondément dans cet apprentissage. Car enfin, mon manque de connaissance a été quelque peu comblé ; ma frustration liée à ma non-participation lors des fêtes s’est à présent dissipée, et aujourd’hui, je suis fière et honorée de me présenter devant vous et de partager mes sentiments et mes idées, du mieux que je le peux. Et je tiens à remercier ceux qui m’ont encouragés et appris, Rivon le Rabbin de cette chaleureuse synagogue, Raphaëlle ma tutrice qui m’a accompagnée et encouragée tout au long de mon travail et a réussi à tirer le meilleur de moi-même, Isabelle et Gabriella, toute la communauté d’Adath Shalom. Je remercie également mes grands-parents, mes parents, toute ma famille ici présente mais aussi ceux qui n’ont pas pu venir. Enfin je remercie mes amis qui ont toujours été présents pour moi et m’ont permis d’atteindre mon objectif.

Alors je dirai pour conclure qu’un mal ne va jamais sans un bien, et je souhaite sincèrement que la belle lumière dont je vous ai parlé, spirituelle et matérielle, vous accompagne à chaque instant de votre vie.