Sur massorti.com

Syndiquer le contenu
Bienvenue sur le site du judaïsme Massorti Francophone (Conservative). Le mouvement Massorti est un des trois grands courants du Judaïsme dans le monde. ! ברוך הבא
Mis à jour : il y a 4 heures 25 min

Vente du Hamets, une pratique à bannir

mar, 04/04/2017 - 12:39

Une remise en question de la pratique très répandue dans le cadre familial de la vente du Hamets avant Pessah. A mon avis, il faut éliminer physiquement le Hamets et bannir cette pratique hypocrite et halakhiquement contestable de la pseudo-vente du Hamets. Voici pourquoi. Par Yeshaya Dalsace

Sommaire L'interdit du Hamets à Pessah.

En dehors de l'interdit strict de la consommation durant toute la semaine de Pessah, même en quantité infinitésimal (sur la base d'Exode 12.15), il existe un double interdit : voir chez soi ou trouver chez soi tout Hamets (sur la base d'Exode 12.19 et 13.7).

Le Hamets est une des cinq céréales (le blé, le seigle, l'avoine, l'orge et l'épeautre) ayant fermenté sous forme solide ou liquide. Dès que de la farine ou des grains sont au contact de l'eau ou d'un autre liquide plus de 18 minutes, on obtient du Hamets.
L'idée du ménage de Pessah est l'élimination systématique de tout Hamets et levain de la maison et dépendances. On ne doit ni en trouver chez nous, ni en voir… Il y a derrière ce rite l'idée d'un renouvellement total, d'un nouveau départ, car il faudra une fois la fête passée retrouver du levain et réamorcer la chaine de la fermentation.

Il y a là une formalisation très importante de l'idée de liberté, fondement de Pessah.

Curieusement, au cours de l'histoire juive, s'est installée l'habitude de ne pas éliminer le Hamets, mais de le vendre… Au lieu de terminer les aliments Hamets à temps, de programmer convenablement la fête, de se débarrasser de ce qu'il reste, c'est-à-dire de se "libérer" de l'emprise du Hamets, on met tout cela dans un placard que l'on "vend" et que l'on ouvrira à nouveau après la fête… Non seulement on ne fait pas l'effort de se "détacher" de son Hamets, en le donnant à un non-juif (qui sera ravi du cadeau surtout s'il est pauvre et ce n'est pas les pauvres ou les banques alimentaires qui manquent de nos jours) ou en le détruisant si nécessaire ; mais surtout on risque fort de transgresser l'interdit biblique de ne pas posséder de Hamets durant la fête et de transgresser après la fête l'interdit rabbinique de consommer du Hamets demeuré en possession d'un Juif (Hamets sur lequel est passé Pessah חמץ שעבר עליו הפסח) pour une raison simple : cette vente, instituée par nos sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". pour ceux qui n'avaient pas d'autre solution, reste douteuse.

Avant d'entrer dans les détails, il me semble évident que sauf cas exceptionnel où il est impossible de faire autrement, dans un cadre professionnel ou de stocks importants, on ne devrait pas vendre son Hamets, mais l'éliminer.

Historique de la vente du Hamets :

La source première qui signale le fait de vendre est dans la Tossefta Tossefta "rajout" : ensemble de matériel législatif (baraïtot*) de l'époque tannaïtique, comprenant des législations qui ne sont pas inclues dans la Michna*. La Tossefta suit l'ordre de la Michna et fut rédigée une génération plus tard. (3e siècle) Pessahim 2.12 :

"Un Israël qui a avec lui du Hamets et un non-juif voyagent en bateau, le Juif peut vendre ou donner en cadeau le Hamets au non-juif. Il pourra le reprendre (ou le racheter) après Pessah, à la condition que ce soit un véritable don (ובלבד שיתנו לו במתנה גמורה)."

La Tossefta Tossefta "rajout" : ensemble de matériel législatif (baraïtot*) de l'époque tannaïtique, comprenant des législations qui ne sont pas inclues dans la Michna*. La Tossefta suit l'ordre de la Michna et fut rédigée une génération plus tard. ajoute qu'on peut même conditionner un prix élevé en tenant compte que ce sera racheté après Pessah, mais la vente doit être effective. Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
(Hilkhot Hamets oumatsa 4.6) reprend exactement cette expression afin d'exiger une vente parfaite et non fictive.

On voit bien, qu'il s'agit d'une situation d'urgence, lors d'un voyage en bateau, et non d'une situation normale comme c'est le cas le plus souvent de nos jours.
Amram Gaon Gaon
Gueonim
Geonim "Génie". Maîtres du judaïsme du 9ème au 11ème siècle en Babylonie et Israël. Leur œuvre est très importante dans la mise en place d'une norme halakhique.

Ne pas confondre avec le Gaon de Vilna immense personnalité rabbinique qui vécut au 18ème siècle.
(décisionnaire du 9e siècle à Bagdad) autorisa effectivement une telle vente à la condition qu'elle fut exceptionnelle et réelle, c'est-à-dire que le non-juif prenne possession physique du Hamets et l'apporte chez lui. Alors le Juif peut récupérer le Hamets après la fête en le rachetant. (Otsar Hagueonim Pessahim)
Il est clair que cette vente, réelle et non fictive, c'est-à-dire que l'acheteur peut décider pendant Pessah de faire ce qu'il veut avec ce Hamets et que le Juif ne le possède nullement durant la fête, ne fut imaginée par les rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
que dans des cas exceptionnels où un Juif ne pouvait se permettre de faire autrement et qu'il ne saurait s'agir d'une "ruse".

Par contre, le Hamets d'un non-juif qui serait en dépôt dans la propriété d'un Juif, il n'y aurait pas de problème et le Juif peut conserver ce Hamets chez lui à la condition de placer un obstacle devant. Mais il est clair qu'une vente fictive ne suffit pas à transférer la propriété.

Au moyen-âge, on sait qu'exceptionnellement la vente du Hamets se pratiquait, mais elle était réelle et non conditionnelle, même si le Juif assurait le non-juif qu'il viendrait racheter la marchandise une fois la fête passée. Là encore, le non-juif pouvait, durant la fête, en faire comme bon lui semblait. On a d'ailleurs des témoignages de Juifs bien embêtés, car le non-juif est parti avec la marchandise et impossible de la récupérer après la fête, mais ce n'est nullement un vol…

Le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Israël Isserlin (15e siècle), autorise la vente même symbolique, c'est-à-dire qu'il est clair que le Juif récupérera son Hamets après la fête et que le non-juif aura un petit profit de l'affaire, mais sans rapport avec la valeur réelle du Hamets. Cependant, il y voit un cas exceptionnel pour aider celui qui s'occupe professionnellement de Hamets et à la condition que ce soit tout de même un don véritable et que le Hamets ne reste pas dans le domaine du Juif. (Troumat Hadeshen 120)

Le Shoulkhan Aroukh Shoulkhan Aroukh Un des grands codes de la loi juive, compilation faite par Yossef Karo (16ème siècle) qui y résume le Tour. Yossef Karo a voulu rendre accessible à tous la Loi. Ouvrage de référence mais discuté, notamment par le Rama dans des gloses ajoutées au texte même. Yossef Karo est également l'auteur du Beit Yossef, sa plus grande œuvre plus difficile d'accès. OH 448.3 (16e siècle) signale bien évidemment cette pratique, mais précise bien que le Hamets n'est plus dans la maison du Juif durant la fête, mais chez le non-juif et qu'il existe toujours la possibilité de ne pas le récupérer.

Par la suite, face à la difficulté de déménager de grandes quantités de Hamets (là encore dans un cadre professionnel) on autorisa à louer la pièce pleine de Hamets d'un Juif à un non-juif, mais là encore, cela restait exceptionnel, le non-juif avait libre accès à la dite pièce et on lui remettait la clé. Puis on commença aussi à prendre des libertés avec l'idée de laisser la clé…

Il est clair que l'apparition de l'aire industrielle, d'usines alimentaires, de conserves, la capacité de conserver de gros stocks de nourriture et les nombreux Juifs travaillant dans la production comme dans la distribution de denrées alimentaires a posé des problèmes considérables. Ce qui était jusque là qu'une exigence familiale, éliminer le peu de Hamets en notre possession, devenait un véritable casse tête pour tout Juif ayant des intérêts dans le secteur alimentaire. C'est pourquoi les rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
se sont efforcés, avec raison, de trouver des solutions viables. Ce qui n'empêchait d'ailleurs nullement les mêmes Juifs qui vendaient leur Hamets industriel, d'éliminer strictement le Hamets de leur maison familiale.

Mais comme souvent, quand on ouvre la porte à une facilité nécessaire pour quelques uns, la foule s'engouffre dans la brèche… C'est ainsi que la vente du Hamets est devenu peu à peu une pratique familiale des plus courantes. Les rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
ont peu à peu proposé à tout un chacun de vendre le Hamets, mais certains rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
désaprouvaient. C'est ainsi, qu'entre autres, le Gaon Gaon
Gueonim
Geonim "Génie". Maîtres du judaïsme du 9ème au 11ème siècle en Babylonie et Israël. Leur œuvre est très importante dans la mise en place d'une norme halakhique.

Ne pas confondre avec le Gaon de Vilna immense personnalité rabbinique qui vécut au 18ème siècle.
de Vilna (18e siècle) s'éleva contre la vente du Hamets en train de se répandre à son époque. Il considérait que seule une vente véritable était valable et il interdisait même dans les semaines après Pessah d'acheter tout pain ou bière chez des Juifs par crainte de consommer du Hamets de vente fictive !

De nos jours, la pratique est devenue si courante que les synagogues proposent des actes de vente au grand public à remplir et renvoyer au rabbinat quelques jours avant Pessah et c'est même devenu faisable par internet… On a l'impression que c'est même devenu une norme incontournable et rares sont les protestations. Par exemple, le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Eliezer Waldenberg (20e siècle) autorise certes la vente du Hamets, mais précise bien qu'il vaut mieux le détruire (Tsits Eliezer 20.51).

Or voilà à quoi on aboutit : les gens rassemblent dans un placard de la cuisine leur quelques rogatons de pâtes, biscuits et autre chapelure ou encore un vieux fond de whisky, ils y ajoutent tout ce qui leur pose problème même si pas Hamets comme la farine (que l'on peut garder sans vente), ils mettent un joli scotch sur le placard qu'ils s'empresseront de rouvrir une fois la fête passée. Beaucoup, pensant que le placard suffit, ne font même plus de vente ! Quand ils sont un peu scrupuleux, ils vendent cela en remplissant un document qui n'a aucune valeur marchande ou juridique et reste un subterfuge de la Halakha Halakha Loi juive religieuse basée sur le Talmud et les décisionnaires rabbiniques. Littéralement cela veut dire "marcher", la marche à suivre ou la loi en mouvement... Il existe de nombreux débats jurisprudentiels dans la Halakha qui n'est pas un système uniforme. créé pour les cas extrêmes. Le Hamets de tous ceux qui ont signé un vague papier que personne ne lira est ainsi vendu par le rabbinat, on ne sait pas à qui, certes une personne bienveillante qui ne sait nullement ce qu'elle "achète" et ne saurait d'ailleurs avoir accès à quoi que ce soit de son prétendu achat ! Je voudrais voir la tête de nos bons Juifs si "l'acheteur" débarquait chez eux prendre possession de son bien ! Tout le monde sait que c'est du bidon, vendeur, rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
et acheteur... Le judaïsme se ridiculise et on continue quand même !

On a même des gens qui font le ménage très correctement et ne gardent aucun Hamets, mais vendent quand même "au cas où"… Un véritable délire, car aucune vente d'un objet inexistant ou en quantité infinitésimale et non consommable (comme des miettes dans les fentes du parquet) n'a de sens et de toute façon, la formule d'annulation prononcée à la veille de Pessah (on la trouve au début de toute bonne Agada de Pessah) suffit amplement comme le précise bien Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
.

Bref, Pessah n'est plus la fête de la liberté, du rite qui libère, mais de la libération du rite, de l'aliénation à l'hypocrisie et à la petitesse humaine…

Personnellement, je trouve qu'en dehors des cas de professionnels de l'alimentaire, qui doivent alors s'adresser directement à un rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
pour organiser les choses le plus sérieusement possible, le reste n'est qu'une comédie grotesque qui n'a aucun sens.

Comme rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
, je refuse de divulguer ces actes de vente fictive et j'incite les gens à faire l'effort de vivre un judaïsme sérieux, cohérent et a minima exigeant, notamment pour Pessah en se débarrassant physiquement de leur Hamets.

La problématique du gâchis (Bal Tashrit) :

Il existe un interdit de gâcher de la nourriture dans le judaïsme et on ne devrait pas jeter en vain un aliment, mais se soucier de le terminer ou d'en faire profiter celui qui est dans le besoin. Dans cet état d'esprit, il va de soi qu'avant Pessah, le mieux est de donner son excédent de Hamets. Mais si, faute de mieux, on est amené à le détruire ou le jeter, on ne transgresse pas vraiment l'interdit de Bal Tashrit, car celui-ci ne s'applique pas dans le cadre d'une mitsva bien définie. C'est ainsi qu'on peut par exemple détruire un vêtement lors d'un deuil en le déchirant ou casser un verre lors d'un mariage… Il n'y a donc pas de problème à jeter ou brûler du Hamets, même si on préfèrera toujours le donner.

Comment détruire :

En principe, on brûle le Hamets, ce qui de nos jours dans les villes est quasiment impossible, sauf exception. Mais on peut aussi le jeter tout simplement (penser à ce que les poubelles soient sorties avant Pessah). Personnellement, je programme de terminer et la semaine avant Pessah, on mange les restes de pâtes, etc… Je donne le maximum à des voisins non-juifs qui sont toujours content de ce geste. S'il reste quelque chose, je le jette (très rare, car même des biscuits ouverts peuvent être posés dehors pour les oiseaux). Je garde 10 petits morceaux bien emballés afin de pratiquer la recherche la nuit de la veille de Pessah avec les enfants. Le lendemain matin, je vais avec les enfants devant une bouche d'égout et je jette "solennellement" les 10 petits morceaux en récitant la formule d'élimination… Rien de bien compliqué. Et si je peux, je les brûle, mais ce n'est pas indispensable.

En Israël :

D'aucuns pensent que le retour en Israël devrait changer quelque chose, mais la problématique est absolument la même. Il n'y a pas plus de raison de garder du Hamets chez soi en Israël qu'ailleurs. On pourrait même collecter du Hamets avant la fête afin d'en faire cadeau à une banque alimentaire arabe ou à des voisins arabes, cela aurait l'avantage de rapprocher les cœurs et de rajouter un petit caillou à la difficile construction de la paix…

Pour ce qui est des très nombreux commerces, usines alimentaires, services de restauration, etc… La vente bien menée reste évidemment la solution et elle a été envisagée pour cela par nos sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". et largement pratiquée, à juste titre dans ces cas précis.

Cas de force majeur

Que ce soit bien clair, nos sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". ont mis en place la vente du Hamets afin d'aider, faute de mieux, ceux qui ne peuvent le détruire. Cette vente, aussi critiquable soit-elle en théorie, reste en pratique, dans bien des cas, la seule solution. Elle a été créée pour cela. C'est une fiction juridique, mais une fiction utile.

Une personne qui a un commerce de nourriture, une personne malade et sans aide pour se débarrasser de son Hamets, une personne en voyage (encore qu'elle pourrait donner son Hamets resté chez elle à son retour), un collectionneur de plusieurs bouteilles de vieux whisky… peut évidemment avoir recourt, faute de mieux, à la vente. La plupart des poskim (décisionnaires) l'envisage et la valide.

Cet article ne remet pas cela en cause, mais l'usage quasi systématique et habituel de cette vente par des gens qui pourraient très facilement faire autrement.

Yeshaya Dalsace rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
et webmaster de ce site.

Le Maror pour le Seder Pessah

mar, 03/28/2017 - 17:59

Question : La plupart des Juifs (achkénazes) de la Diaspora utilisent du raifort comme « maror » sur le plateau du seder, tandis que la plupart des juifs israéliens utilisent de la laitue romaine. Quelle coutume est-elle la plus correcte ?

Réponse :

La Torah nous commande de manger des herbes amères (merorim) à Pessah avec des pains azymes (matsot) et l'agneau pascal (Exode 12,8 ; Nombres 9,11), mais ne donne pas plus de détails. La Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
(Pessahim 2,6) énumère cinq plantes qui peuvent être utilisées comme maror. Les traductions entre guillemets sont basées sur les recherches du Prof. Yehudah Feliks et d'autres savants :

משנה מסכת פסחים פרק ב משנה ו
[ו] ואלו ירקות שאדם יוצא בהן ידי חובתו בפסח בחזרת ובעולשין ובתמכא ובחרחבינה ובמרור יוצאין בהן בין לחין בין יבשין אבל לא כבושין ולא שלוקין ולא מבושלין ומצטרפין לכזית ויוצאין בקלח שלהן ובדמאי ובמעשר ראשון שנטלה תרומתו ובמעשר שני והקדש שנפדו :

« Voici les légumes par lesquels une personne s'acquitte de son obligation à Pessah : hazeret (laitue romaine), ‘olchine (chicorée), tamkha (voir ci-dessous), harhavina (eryngium ou panicaut, une variété de chardon) et maror (sonchus oleracheus communément appelé laiteron maraîcher ou laiteron lisse. En arabe : murar)… »

Comme souvent dans les textes anciens, l'auteur de cette michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
et son public savaient exactement de quoi ils parlaient, mais les rabbins rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
au cours des siècles ont été intrigués par la plupart de ces termes, les juifs ayant tellement voyagés qu'il leur était difficile de trouver des légumes correspondant.

Aujourd'hui, la pratique courante des israéliens est de manger le soir de Pessah de la laitue romaine (hazeret), tandis que les juifs achkénazes de diaspora ont tendance à manger du raifort, conformément à la façon dont le terme tamkha fut identifié à partir du XIVe-XVe siècles.

1. Hazeret est effectivement la laitue romaine

Comme le Prof. Yehuda Feliks et beaucoup d'autres l'ont fait remarquer, il n'y a aucun doute que le terme hazeret désigne la laitue romaine (par opposition à la laitue iceberg). Rachi rashi
Rachi Rabbin médiéval, Chlomo ben Yitshak, vécu en France du nord (1040-1105). Premier commentateur systématique du Tanakh et du Talmud
dans son commentaire sur Pessahim 39a l'appelle lituga, ce qui correspond à leituge en français médiéval. Le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
de Babylone (ibid.) dit que hazeret est hassa (laitue), tandis que le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
de Jérusalem (TJ) l'identifie comme hassin (Pessahim 2:5, fol. 29 c). Dans le TJ, on demande comment hazeret pourrait être maror si hazeret est sucré ? Rabbi Hiyya répond au nom de Rabbi Hoshaya : « tout comme le hazeret est doux au début et amer à la fin, ainsi [fut l'asservissement] que les égyptiens firent subir à nos ancêtres en Égypte. ». C'est le cas pour la laitue Romaine : douce au début, si vous la laissez mûrir en terre elle deviendra de plus en plus amère jusqu'à ce ne plus être comestible.

Les mots hassa et hassin en araméen sont équivalents à hassu en Akkadien, hassta en Syriaque et hash en Arabe.

Dans le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
de Babylone (ibid.), Rabbi Ochaya dit : « mitsva bahazeret » ce qui signifie que la meilleure façon d'accomplir la mitsva de maror est de manger hazeret, de la laitue romaine.

2. Tamkha :

Tamkha est la seule des cinq plantes de la michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
, qui n'a pas été clairement identifiée.

Voici différentes hypothèses :

  • a. Tamkha serait le gingidium, une variété aujourd'hui disparue.

Dans le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
de Babylone (Pessahim 39a), Rabba bar bar Hanna dit que tamkha en hébreu correspond à tamkhita en araméen ce qui, bien sûr, ne nous aide pas plus ! Le TJ (Pessahim 2:5, fol. 29c) dit que tamkha est gingidin. Le gingidium est mentionné par un certain nombre de scientifiques grecs célèbres. Pline l'ancien (23-79 c.e.) affirme que « les Syriens ont beaucoup de légumes. Ils plantèrent un légume, que certains appelèrent « gingidion », qui est très proche de « stapilinus » (une carotte pourpre), mais en plus léger et plus amère » (Naturalis Historia 20, 33, cité par Feliks, 5755, p. 81).

Dioscorides (40-90 c.e.) écrit que « Le gingidion a poussé en quantité en Sicile et en Syrie, c'est une petite plante, semblable au « pastinak » sauvage (le panais), mais en plus mince, avec une courte racine épaisse, blanchâtre et amère, à manger crue, bouillie ou découpée et c'est très bon pour l'estomac » (De Materia Medica 1, 167, cité Ibid.....)

Le Prof. Yehudah Feliks (Feliks, 5755) introduit un dessin de cette plante du sixième siècle dans l'un de ses articles (sic !), mais malheureusement nous ne pouvons plus identifier cette plante aujourd'hui. Nous pouvons seulement dire qu'elle appartient à la famille des Apiaceae, semblable à du panais. Il semblerait qu'elle n'était plus cultivée après la période Byzantine. Il ne fait aucun doute que c'est la bonne définition du tamkha talmudique.

  • b. Tamkha serait le cardon (ou chardon)

Le Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Natan ben Yehiel de Rome (1035-ca. 1110) écrit dans son dictionnaire talmudique Ha'arukh (éd. Kohut, Vol. 8, p. 245), que tamkha est « cardo », qui est en fait le cardon. Pour le Prof. Feliks il s'agit de carduus argentatus ou chardon argenté, tandis que le Dr Schaffer, affirme que c'est cynara cardunculus appelé artichaut sauvage.

  • c. Tamkha serait le marrube

Rabbi Natan ajoute « et certains disent « marubio » ». Apparemment il s'agirait de marrubium vulgare plus communément appelé marrube. Tamkha a été également défini comme « marubio » par de nombreux richonim Rishonim
Richonim "Les premiers" : Rabbins commentateurs du Moyen Age (du 11ème au 16ème siècle). Leur rôle dans la mise en place du Judaïsme rabbinique en diaspora occidentale est essentiel. Ils commentent le Talmud et la Halakha. Les plus célèbres sont Rashi, Tossafot (élèves de Rashi), Maimonide, Nahmanide, Meiri, Baal Hatourim, ... Le dernier est Yossef Caro. Après lui on emploi le terme de "Ah'aronim" "les derniers".
et décisionnaires anciens :
En France : Rachi rashi
Rachi Rabbin médiéval, Chlomo ben Yitshak, vécu en France du nord (1040-1105). Premier commentateur systématique du Tanakh et du Talmud
(1040-1105, dans son commentaire sur Pessahim 39a) ; l'école de Rachi rashi
Rachi Rabbin médiéval, Chlomo ben Yitshak, vécu en France du nord (1040-1105). Premier commentateur systématique du Tanakh et du Talmud
(Hapardess, Ha'oreh, siddour Siddour
Sidour
Sidourim Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s'appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
de Rachi rashi
Rachi Rabbin médiéval, Chlomo ben Yitshak, vécu en France du nord (1040-1105). Premier commentateur systématique du Tanakh et du Talmud
, Mahzor Mahzor Livre de prière pour les grandes fêtes. La liturgie des fêtes juives, en particulier Rosh Hashana et Kippour étant très différente du reste de l'année, un ouvrage particulier est nécessaire. de Vitry - voir Schaffer, note 18) ; Le Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Moïse de Coucy (XIIIe siècle, Semag, Asin 41, fol. 118).

En Provence : Rabbi Yitzhak ben Abba Mari (1119-1190, Sefer Ha'ittur, Lemberg, 1860, partie II, fol. 54) ; Rabbi Aharon de Lunel (XIVe siècle, Orhot Hayyim, Florence, 1750, Seder Leil Pessah, parag. 10, fol. 79 a).

En Espagne : Rabbi Moché Halava (ca. 1350, Peirush Maharam Halava al Massekhet Pessahim, Jérusalem, 1966, p. 114) ; Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Yosef Haviva (ca. 1400, Nimukei Yosef sur Pessahim, New York, 1960, p. 130).

En Achkénaze (Allemagne) : Rabbi Elazar de Worms (1165-1236, Sefer Harokeah, parag. 283) pour lequel le tamkha est « agrorn », qui est une altération de « andorn » qui signifie marrube en allemand.

En Italie : Rabbi Yehiel Anav et Rabbi Zidkiyahu Anav (XIIIe siècle, Tanya, ed. Baron, Jérusalem, 2011, parag. 47, p. 170 et Shiboley Haleket, éd. Buber, parag. 218, p. 184).

  • d. Tamkha serait le seris

Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
(1135-1204), dans son commentaire à notre Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
dans Pessahim (éd. Kafih, Vol. 2, p. 168) définit tamkha comme étant du « seris », un mot grec qui évoque une sorte de chicorée ou d'endive.

  • e. Tamkha serait le Meeretich ou raifort

Le Dr Arthur Schaffer montre (note 26) que le mot meeretich est une combinaison de meer = mer et retich = radis, un radis qui pousse près d'un cours d'eau.
Tous les savants modernes conviennent que le raifort n'était pas cultivé en Israël pendant la période talmudique. Son origine est en Europe de l'est où il est abondant et facilement cultivé même dans des climats très froids. Il n'est également pas amère, mais plutôt fort et piquant (harif). Apparemment il serait devenu populaire dans le seder en Allemagne et en Europe de l'est parce que la laitue était coûteuse ou difficile à obtenir.

Rabbi Eliezer ben Natan, le Ra'avan (1090-1170) est le premier dans la littérature rabbinique à mentionner dans sa recette de harosset, le « meeretich » non pas comme une herbe amère pour le maror, mais plutôt comme un ingrédient ! (Sefer Ra'avan, éd. Prague, 1610, fol. 74 b). Une mention similaire se trouve dans Sefer Harokeah par Rabbi Elazar de Worms (1165-1236 parag 284)

Le premier à dire que le tamkha est du raifort semble être Rabbi Meir Hakohen (Allemagne, ca. 1300), élève du Rabbi Meïr de Rothenburg, dans son Hagahot Maïmoniot, un commentaire sur l'œuvre juridique de Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L'une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu'il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l'anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
(Hilkhot Hametz Umatzah 7:13, note kaf). Cependant, cela peut avoir été ajouté par les copistes parce que chaque manuscrit de Hagahot Maïmoniot a une interprétation différente (voir Schaffer, note 45) et le premier à citer cette explication est le Rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Yozl ben Moshe dans son Leket Yosher (Berlin, 1903, p. 92) qui a été écrit plus de 150 ans plus tard.

Ainsi, le premier à recommander clairement à utiliser « meeretich », du raifort pour le seder fut Rabbi Alexander Susslin Hakohen (mort en 1349) dans son Sefer Ha'agudah bien qu'il ne le relie pas au tamkha : « J'ai vu mes maitres tenter d'obtenir de la laitue et s'ils n'en trouvaient pas, ils prenaient du « meeretich » » (éd. Brizel, Deom, Vol. 2, Jérusalem, 1968, p. 152). Rabbi Ya'akov Mollin, le Maharil (1360-1427), explique : « le sefer Ha'agudah écrit « meeretich », c'est-à-dire tamkha dans notre Michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
» (Responsa Teshouva
Teshouvot
Responsum
Responsa Décision halakhique d'un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
Maharil, n° 58, éd. Satz, Jérusalem, 1980) mais il semble que la référence à tamkha provienne du Maharil, et non de l'auteur du sefer Ha'agudah.

Une fois que le tamkha a été identifié comme le raifort, un autre problème surgit, débattu pendant des siècles. Rabbenou Tam (d. 1171) a statué qu'on ne pouvait pas utiliser une racine de plante pour le maror puisque la Michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
(Pesahim 2:6) établit que « on remplit l'obligation avec la tige » (cité par le Semag, Asin 41, fol. 118). Pourtant, la plupart des Juifs qui utilisaient le raifort comme maror mangeaient sa racine. Certaines autorités halakhiques interdisaient l'utilisation de la racine, d'autres disaient qu'on ne pouvait utiliser que les feuilles du raifort, et certains disaient que l'on ne pouvait utiliser les racines qu'en cas d'impossibilité d'utiliser autre chose (« bich'at hadhak »). Dans la Pologne du XVIIe siècle, on utilisait les feuilles du raifort pour manger le maror au seder et la racine uniquement pour korekh, le sandwich de Hillel. C'est parce que les feuilles étaient relativement rares, tandis que la racine était facilement disponible (voir Schaffer, pp. 231-236).

Au XVIIIe siècle, la coutume de consommer de la racine de raifort pour le seder s'était largement répandue. En 1822, le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Moshé Sofer, fondateur du judaïsme Haredi Haredim
Haredi "Craignant [Dieu]" Fondamentalisme juif apparu au 19ème siècle en réaction contre la modernité. Toute nouveauté est à rejeter, en tout cas suspecte, sinon sur des détails techniques. Les Haredim sont assionistes, parfois radicalement antisionistes. Le reste du monde juif, y compris orthodoxe, est considéré comme déviant, à convertir ou à combattre. Pour s'en protéger, on évite au maximum le contact avec le monde extérieur. Ce fondamentalisme est rarement violent physiquement. Il existe pas mal de nuances et ce n'est pas un monde homogène. Ce monde ne manque pas de personnalités intéressantes et maintient une belle flamme de l'étude juive traditionnelle.
, a renforcé le statut du raifort en écrivant qu'il serait encore préférable à la laitue en raison de la difficulté de nettoyage des feuilles de laitue salies par les insectes ! Il est assez ironique que le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Sofer préfère le raifort, dont nous savons maintenant que ce n'est n'est pas le tamkha, à la laitue qui est hazeret, la mitzvah de préférence !

Enfin, en Israël moderne, le raifort est appelé à tort hazeret alors que tous les commentateurs conviennent que cela signifie laitue !

3. La preuve visuelle

La plupart des érudits modernes qui ont écrit à ce sujet sont botanistes, ce qui pourrait expliquer pourquoi ils n'ont présenté aucune preuve visuelle sur ce qu'utilisaient réellement les Juifs comme maror pour le seder. Il semble toutefois qu'au moyen-âge les juifs achkénazes utilisaient de la laitue ou d'autres gros légumes feuillus tandis que les juifs séfarades utilisaient l'artichaut. Aucune des haggadot illustrées connues ne portent trace de l'usage du raifort (cf. Tabory, p. 266, note 56) :

La Haggadah dite des « têtes d'oiseaux » (Allemagne), environ 1300 : un légume feuillu vert, probablement de la laitue.

Haggadah de Yoel ben Shimon, British Library, Allemagne ou Italie du Nord, vers 1450, fol. 22 b (= la Haggadah de Schechter Schechter Schechter - R. Solomon (Roumanie, Allemagne, Autriche, Angleterre, Etats-Unis, 1847 - 1915). Un des fondateurs du mouvement Conservative aux Etats-Unis. Il doit sa célébrité à ses travaux de recherche à l'université de Cambridge sur la Gueniza du Caire. A partir de 1902 et jusqu'à sa mort, il fut le président du Jewish Theological Seminary en Amérique. , figure 27) : un gros légume vert feuillu, probablement de la laitue.

Yoel ben Shimon, JNUL, env. 1450 : un gros légume vert feuillu, probablement de la laitue.

Yoel ben Shimon, Haggadah de Washington, env. 1450, fol. 16a : un gros légume vert feuillu, probablement de la laitue.

Haggadah de Rothschild, nord de l'Italie, env. 1470, fol. 160a (= la Haggadah de Schechter Schechter Schechter - R. Solomon (Roumanie, Allemagne, Autriche, Angleterre, Etats-Unis, 1847 - 1915). Un des fondateurs du mouvement Conservative aux Etats-Unis. Il doit sa célébrité à ses travaux de recherche à l'université de Cambridge sur la Gueniza du Caire. A partir de 1902 et jusqu'à sa mort, il fut le président du Jewish Theological Seminary en Amérique. , figure 28.2) : un légume vert ovale.

Haggadah de Florsheim, Allemagne, 1502, fol. 17 : un gros légume vert feuillu, probablement de la laitue.

La Haggadah de Prague, 1526, une gravure sur bois en noir et blanc : un légume long et feuillu.

La Haggadah de Mantoue, 1560, une gravure sur bois en noir et blanc : un légume long et feuillu.

La Haggadah de Copenhague, 1739, fol. 18bis : un légume vert long, avec une tige.

La Haggadah de Sarajevo, nord de l'Espagne, après 1350, fol. 27a : un artichaut.

Haggadah de John Rylands, Catalogne, XIVe siècle, fol. 31b : un artichaut.

Haggadah des frères, Catalogne, XIVe siècle, fol. 18a (= la Haggadah de Schechter Schechter Schechter - R. Solomon (Roumanie, Allemagne, Autriche, Angleterre, Etats-Unis, 1847 - 1915). Un des fondateurs du mouvement Conservative aux Etats-Unis. Il doit sa célébrité à ses travaux de recherche à l'université de Cambridge sur la Gueniza du Caire. A partir de 1902 et jusqu'à sa mort, il fut le président du Jewish Theological Seminary en Amérique. , figure 28.1) : un artichaut

Résumé et Conclusions

Une étude sur la question laitue ou raifort avait déjà été publiée par le rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Zvi Hirsch Ashkenazi, le Hakham Zevi (Amsterdam, 1660-1718) dans sa responsa Teshouva
Teshouvot
Responsum
Responsa Décision halakhique d'un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
n° 119 :


שו"ת חכם צבי סימן קיט
לזכות את הרבים בענין מצות אכילת מרור ראיתי כי טוב להודיע שהחזרת השנוי במשנתינו ובלשון חכמים חסא שמצוה לחזור עליו כי הוא הראש וראשון השנוי במשנתינו הוא הירק הנקרא בלשון אשכנז סאלא"ט ובלשון ספרד סאלאט"א ושם העצם שלו הוא לטוגא בכל הלשונות ששמעתי בתורגמא ואיטליא ואשכנז וספרד ופורטוגאל ובספרי הרפואות והטבע וקורין אותו לאטוגא סאלאט ואין בו שום ספק ופקפוק בעולם ויש לו הסימנים האמורים בגמ' שרף ופניו מכסיפין ותחלתו רך וסופו קשה ותחלתו מתוק וסופו מר כלענה ומפני שבארצות אשכנז ופולוניא שהן קרות אינו מצוי בזמן הפסח לא הורגלו לקחתו לחובת מצות מרור או מפני שלא היו בקיאין בטיב פתרון שמות הירקות כאנשי ארצות הקרובות לארץ ישראל ובבל לא ידעו מה הוא ולקחו הקרי"ן שהוא תמכא לפ"ד מקצת חכמים ונפק מיניה חורבא כי הן רבים עתה עם הארץ שאינם אוכלין אפי' כחצי זית מחמת חורפיה ושהוא מזיק באכילתו חי ומבטלים מצות מרור ואף החרדים אל דבר ה' ואוכלים כזית מהקרי"ן מסתכנים בו כי באמת במקום שחזרת שהוא האלטיגא סלאט שכיח כמו בערי אמשטרדם והמבורג ושאר ערי אשכנז אף שהוא עודנו קטן מאוד קורא אני על הקרי"ן סכנה ואין בו מצוה וכל אשר נגע אלקים בלבו יקיים מצוה כתיקנה ויקנה האלטוגא סאלאט לשם מצות מרור אף אם הוא ביוקר : והירק שקורין בהמבורג אינדבין ובאמשטרדם אנדייבי הוא עולשין השנוי במשנתינו וגם בו יוצאין ידי חובת מצות מרור אם אין לאטוגא סאלא"ט מצוי : צבי אשכנזי ס"ט

« Pour faire bénéficier la communauté de la mitsva du maror, je crois bon d'annoncer que le hazeret dont parle la Michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
, qui est appelé hassa par les sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". , est la plante qu'il faut se procurer en priorité pour accomplir la mitsva. Il s'agit du légume appelé « salat » en allemand et « salata » en espagnol, et son nom est « latuga » dans toutes les langues que j'ai entendu ; en Turquie, en Italie, en Allemagne, en Espagne, au Portugal et dans les livres de médecine et de sciences. Elle est appelée « salat latuga » et il n'y a aucun doute qu'elle a les caractéristiques [du maror] mentionnées dans la Guemara (Pessahim 39a) : son aspect extérieur est argenté, et son goût est d'abord doux avant d'être amer. A l'époque de Pessah on n'en trouve ni en Allemagne ni en Pologne, les terres étant trop froides. C'est pourquoi ils n'étaient pas habitués à s'en servir pour s'acquitter de la mitsva du maror. Ou encore parce qu'ils n'étaient pas experts et ne connaissaient pas les noms des légumes comme les habitants des terres près d'Israël et de Babylonie, ils ne savaient pas ce qu'était [la hazeret], et ont choisi le « chrein » [raifort] qui correspond au « tamkha » pour certains sages Sages Ce terme dans les textes juifs désigne en général les rabbins du Talmud (six premiers siècles de l'ère courante). On dira "les sages" ou "nos sages". C'est la traduction d'une expression hébraïque : "H'azal" qui veut dire "nos sages de mémoire bénie". , ce qui a conduit à la confusion et à l'erreur.

De nombreux juifs ignorants ne mangeant pas même la moitié d'un kazayit [valeur de poids d'une olive] en raison de son âpreté et parce que cela fait mal de le manger cru, en vinrent à ne pas accomplir la mitzvah du maror. Et même ceux qui craignent la parole de Dieu et se forcent à manger un kazayit de « chrein » se mettent en danger eux-mêmes [...] je dis donc à propos de la chrein « c'est un danger, mais pas une mitsva » [cf. Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
Meguila 4:8]. Et ceux qui ont à cœur d'accomplir la mitsva comme il se doit achèteront de la « latuga salat » pour la mitzvah de maror, même si elle est chère... »

À la lumière de la recherche des talmudistes botanistes modernes comme Loew, Feliks et Schaffer, il ne fait aucun doute que le Hakham Zevi avait raison. Hazeret, la laitue romaine, est la mitsva de préférence selon le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
. Le « Tamkha » est une plante appelée gingidium, dont nous n'avons plus connaissance. Au cours des XIVe-XVe siècles, les juifs d'Allemagne et d'Europe ont identifié le tamkha au raifort parce qu'il était difficile ou coûteux de se procurer de la laitue. Mais le raifort n'était pas cultivé en Israël à l'époque de la Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
. De plus, la plupart des juifs en mangeaient la racine et non la feuille malgré la règle de Rabbenou Tam. Enfin on ne peut pas manger la quantité exacte de kazayit, la valeur d'une olive, sans mettre en danger sa santé.

Bien sûr, il n'est pas facile d'obtenir des juifs qu'ils changent leurs coutumes. Marla Fogelman décrit l'adorable manière dont son grand-père, né en Europe de l'Est, faisait pousser dans son jardin du raifort pour le seder. Le Professeur Feliks raconte que lorsqu'il a publié ses conclusions expliquant que le raifort n'était pas le tamkha en 1967, il a été attaqué physiquement par un hassid lors d'un mariage pour avoir eu l'audace de dire que le chrein n'est pas maror et que son Rebbe était mauvais ! (Feliks 5755, note 52)

De nos jours, nous avons eu le privilège d'être témoins de la Renaissance miraculeuse de l'Etat d'Israël. Cela nous a permis de retourner à la terre d'Israël et de réapprendre la Mishna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
et le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l'époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l'ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
avec une plus grande compréhension. Nous savons maintenant que la hazeret dont parle la Michna Mishna
Michna Corpus juridique rabbinique du 3ème siècle. Divisé en 6 ordres. Somme de textes de la Tora orale. La Mishna représente la base du droit hébraïque. Elle donne lieu à un développement : le Talmud.
est la laitue Romaine et que le raifort n'est pas le tamkha. J'espère qu'avec le temps de plus en plus de Juifs adopteront la pratique israélienne originale de l'utilisation de la laitue Romaine comme maror sur le plateau du seder.

David Golinkin

Jerusalem

10 Nissan Nissan Premier mois du calendrier juif. Au printemps. Le 15 Nissan : Pessah. Signe bélier. Le 1er Nissan est un des 4 nouvel ans du judaïsme. 5772

(Traduction Elsa Di Sario et rabbin rabbin
rabbins Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
David Touboul)