Rapporter tout à sa genèse, une voie vers un chemin d’humanité

Dracha prononcée par Ariel Ehrlich, le 4 septembre 2015 (Ki-tavo 5775)

Les présentes réflexions sur les prémices (les ביכורים) sont inspirées de commentaires de mon père, Haver Haïm ben Eliokim, z’’l, et du sfat émét[1] sur la section de la tora ‘’ki tavo’’ (qu’on dénommera ‘’sidra’’ dans la suite du texte), d’Arié Lieb Alter, un maître du hassidisme de Gur.

 

Le titre de la sidra ‘’ki tavo’’(‘’כי תבוא’’) est extrait de son 1e verset : «… ‘’quand tu viendras’’ vers la terre que ton D. te donne » (Deut. 26.1), une anaphore, - ‘’Moi, Président’’, souvenez-vous -, qui scande le discours de Moïse déployé dans le livre de Devarim, le Deutéro-nome, où prend place       ‘’כי תבוא’’.  

 

Dans Devarim, Moïse, le guide et le prophète, interdit d’entrer dans le pays de Canaan - du haut de son sommet (הפיסגה ראש), porte un regard élevé et une vision lointaine, au-delà de la rive orientale du Jourdain, sur toute l’étendue du territoire de Canaan - adresse d’ultimes recommandations à Israël, pour que la terre, qu’Israël s’apprête à conquérir, de promise, elle lui devienne permise[2].

 

Dans la sidra ki tavo, trois enseignements principaux se succèdent :

 

1. le premier enseignement concerne deux prescriptions :

- le devoir d’apporter[3] au Temple de Jérusalem, chaque année, les premiers produits de sa   récolte (les primeurs) arrivés à maturité, - dénommés ‘’bikourim’’ (ביכורים, de la racine ''בכר'', mature) ;   

- le ‘’vidouille ma’asser’’, c’est à dire la confession publique qu’on s’est acquitté des autres prélèvements sur sa récolte ;

 

2. le second enseignement concerne l’obligation pour Israël, lors de son entrée en terre de Canaan, de dresser des stèles au point de passage du Jourdain, sur lesquelles il sera inscrit le texte de la Torah ; d’amener des offrandes sur un autel de pierre non taillé ;                                      

 

3. le troisième enseignement, fait l’énumération des ‘’bénédictions’’, ‘’בכרות’’, et des ‘’malédictions’’, ‘’קללות’’, qu’Israël est susceptible de recevoir selon qu’il sera ou non fidèle à la Loi. Y fait suite une longue liste d’avertissements, ‘’תכחות’’, qui montent crescendo dans les degrés de l’horreur.

 

Cet ordre de succession n’est pas chronologique, puisque les deux derniers enseignements entreront en vigueur dès l’entrée sur la terre, alors que le 1er, relatif à la prescription des bikourim, n’entrera en vigueur qu’après l’érection du Temple, et qu’après que la terre ait été conquise et, selon le Rachi sur le 1er verset de Ki tavo, après que la terre ait été partagée (ce qui a pris 14 ans).

 

L’ordre de succession est donc un ordre d’importance. La prescription des bikourim conditionnerait la société idéale projetée par Moïse.

 

Moïse indique pourquoi cette obligation, comme, du reste, toutes les autres, est prescrite :

 

 «תשכילו את כל אשר תעשון למען» (Deut., 29.8), « afin, selon la traduction de Oune’kelos, que ‘’vous réussissiez votre travail’’ (‘’ de’tatsli’houne kol di te’avedoune’’, ‘’דתיצלחון כל די תעבדון‘’) », ou, selon d’autres interprètes, « afin que vous ‘’exerciez votre discernement dans le travail’’ (‘’le-hite’bonène be’avoda’’, ‘’בעבודה להיתבונן’’)»   

 

Comment  l’application des prescriptions, et plus spécialement, celle relative aux bikourim qui nous occupera ici, procureraient ‘’réussite et discernement’’ à l’homme ?  En l’engageant à des ‘’manières d’être humain’’ particulières…Tentons de caractériser quelques-unes de ces ‘’manières d’être humain’’ auxquelles nous formerait l’application de la prescription relative aux bikourim.

 

L’obligation attachée aux bikourim, la ‘’mitsva bikourim’’, est double : d’une part, consacrer et apporter les prémices au temple de Jérusalem, c’est la ‘’ha’avate bikourim’’ (‘’ בכורים האבת’’), d’autre part, une fois arrivé au Temple, accompagner le balancement (la ‘’tenoufa’’, תנופה''’’) des bikourim remis au cohen par une déclaration, la ‘’miquera bikourim’’ (‘‘ביכורים מיקרא’’).

 

A quelles ‘’manières d’être humain’’ ces deux composantes de la ‘’mitsva bikourim’’ engagent elles ? Tentons de le déterminer pour chacune de ces composantes.

 

A – Reconnaître, par la Ha’avate bikourim, que les fruits de la nature dépendent de Dieu.

 

La règle s’énonce ainsi : « tu prendras de la primeur de tout fruit de la terre, que tu apporteras de ton pays que le Nom, ton D. te donne.. », et « tu iras vers l’endroit que choisira le Nom, ton D. pour y faire résider son nom » (Deut. 26.2).

 

En prélevant le ‘’réchit’’ (‘’רשית’’, le commencement) que sont ‘’les primeurs’’ de sa récolte, le propriétaire agricole, discerne dans le produit de son travail la manifestation d’une bénédiction qui lui a été donnée.

 

Le lien entre la survenue des prémices et la source de la bénédiction est établi, théâtralisé par le transport de ses prémices au Temple[4] où réside la Présence du Nom (la שחינה).

 

La dynamique de montée et d’élévation des primeurs mobilise le corps. La marche, de sa maison jusqu’à ‘’La Maison’’, est une épreuve physique. Mais, elle mobilise d’abord le regard et la voix : la ha’avate bikourim nécessite au préalable (c’est peut être une lapalissade) que les primeurs aient été vues, déclarées et tracées[5] comme telles.

 

Or, l’agriculteur, heureux de découvrir sa nouvelle récolte qui couronne son long et pénible labeur, peut être tenté de s’attribuer le mérite de sa réussite comme le fruit de son investissement. Ce n’est alors pas les dessous mais les sous qui l’accapareront : récolter et vendre les primeurs, avec toute sa production, pour en tirer les moyens de sa subsistance. Ne prenant aucun recul, il considèrera que le résultat auquel il est parvenu, est le fait de la nature avec laquelle il a composé. Ne se dégageant pas du cycle de la production, ne s’élevant pas au-dessus des apparents déterminismes, cet agriculteur ne reconnaîtra pas le réchit de sa récolte et n’apportera donc pas les bikourim au Temple…oublieux que la terre lui a été donnée par D.[6].

Pour autant, il n’encourra aucune sanction, et sa récolte sera libre d’emploi[7].

 

Aussi, le rite attaché au bikourim procèdera d’un propriétaire convaincu que les primeurs, tout comme lui-même, ne sont pas des réalités purement naturelles qui se suffisent à elles-mêmes. Qu’ils sont tributaires de l’idée de création.

 

D’ailleurs, l’expression ‘’ve’laka’heta mé-réchit’’ du verset précité (Deut. 26.2) pourra le lui rappeler. En effet, cette expression, qu’on a traduit par « tu prendras de la primeur », peut se lire « tu prendras du ‘’réchit’’ », ce mot ‘’réchit’’ pouvant, naturellement, renvoyer au premier verset de la Genèse : « be-réchit bara élohim », dans-le-réchit, ‘’be-réchit’’, c’est le Nom, ‘’Elohim’’, qui ‘‘a créé’’, ‘’bara’’.

 

Il comprendra toute la portée du ‘’réchit’’ (primeur) dont il (l’agriculteur) se saisira : l'événement de l'apparition des prémices est à vivre comme l'événement, l’actualité du commencement de la création : un renouvellement, une ‘’hit’hadechoute’’ (‘’היתחדשות’’).

 

Plus encore, Dieu renouvelant l’acte de la création continuellement -  comme on le dit dans la prière, « המחדש בכל יום תמיד מעשה ברשית», « ha’me’hadech be’hol yom tamid ma’assé be’réchit» (« il renouvelle toujours l’acte créateur »), le mot ‘’tamid’’, ‘’toujours’’, signifiant ‘’be’kol régua’’, ‘’à chaque instant’’ - ce ne sont, dès lors, pas uniquement les prémices qui sont ‘’réchit’’ (commencement), c’est, en fait, tous les fruits qui sont ‘’réchit’’ (heureusement pas en droit…sans quoi, toute la récolte serait à apporter au Temple)…Fécondité du rapprochement  avec la Genèse : l’événement du renouvellement (hit’hadechoute) concerne toute la nature.

 

L’impulsion créatrice première du Nom, donne le la à tout ce qui existe. Toute la nature, vibre à son diapason.

 

Le Rachi cité précédemment, fait observer, à propos de l’expression du 1er verset de la sidra « lorsque tu hériteras et que tu t’installeras » sur la terre (26,1), qu’Israël n’est tenu d’accomplir la mitsva bikourim qu’après la conquête et le partage du pays.

 

La ha’avate bikourim « ne se fait, autrement dit, qu’une fois que l’on vit en sécurité dans le pays, que l’on est bien installé chez soi et que chacun pense que ce ‘’chez-soi’’ est vraiment ‘’à soi’’, qu’il le possède en propre ».[8]

 

Elle n’intervient pas seulement pour délivrer l’homme de l’illusion de la toute puissance, ni pour simplement l’amener à accomplir un geste de gratitude pour les bienfaits qu’il a reçus.

 

Par la ha’avate bikourim, l’homme se dégage de l’idée que les choses vont de soi. Il se soustrait à une perception mécanique de la nature, comme un cycle sempiternellement recommencé, où il n’y a ‘’rien de nouveau sous le soleil’’, ‘’אין חדש תחת השמש’’. Il s’arrache à l’engluement, en s’extirpant hors de l’inanité de la nature qui le perclus. Elle lui dessille les yeux, éveille sa conscience au renouvellement continuel (la ‘’hit’hadechoute’’) sans lequel rien d’existant ne se maintiendrait.

 

B – Reconnaître, par la miquera bikourim, la dépendance de l’histoire vis-à-vis du Nom

 

Par la déclaration associée à la remise des bikourim au cohen, la ‘’miquera bikourim’’, la deuxième composante de la ‘’mitsva bikourim’’,  l’homme reconnait la dépendance à Dieu, non plus de la nature, mais de l’histoire.

La ‘’miquera bikourim’’ (Deut. 26.5 à 26.10) retrace, en effet, les tribulations qu’Israël a connu jusqu’à son entrée en la terre promise, en soulignant que sa venue n’a été possible que grâce à l’intervention directe de Dieu dans tous les épisodes critiques et charnières de son histoire (échapper à la tentation destructrice de Laban et aux grippes asservissantes du Pharaon d’Egypte).

 

L’idée que l’histoire accouche toute seule selon ses lois internes, qu’elle serait exclusivement le fruit du déroulement d’une succession causale s’enchaînant parfaitement, comme les rouages bien huilés d’une montre suisse, sont compris comme des lubies de l’esprit[9].

 

Le geste (la ‘’ha’avate bikourim’’), - plus éloquent et plus engageant lorsque la parole lui emboîte le pas-, ne peut s’accompagner de la déclaration (la ‘’miquera bikourim’’) que si  la joie de celui qui apporte les bikourim est entière.

 

La joie entamée du propriétaire l’empêche de prononcer  ‘’la miquera bikourim’’[10].

 

La déclaration (‘’miquera bikourim’’) n’est proférée que si celui qui apporte les bikourim est dans une joie totale. Autrement, elle risquerait de s’accomplir sous l’instante pression d’un besoin, dans l’espoir d’un retour (comme un donnant-donnant). Dictée par le besoin, la déclaration - qui est une intériorisation plus élevée de la reconnaissance du sens du réchit que le seul geste d’apporter les prémices – ne serait pas dite pleinement volontairement. Or, l’acte de reconnaissance suppose la liberté de celui qui l’effectue. La déclaration, prononcée à voix haute, a la plénitude de sa joie et la force de sa conviction. Une voix érayée, entravée par l’affectation d’un souci, jetterait une ombre sur la sincérité de ses intentions. Comme toute prescription, ‘’mitsva’’ - ce qu’est, à part entière, la miquera bikourim à côté de la ha’avate bikourim –, celle-ci a à se réaliser dans le désintéressement le plus complet possible.

 

De la sorte, toute confusion sera évitée avec une application de la mitsva qui s’assimilerait à un rituel magique. La mitsva instruit la raison (cf. Deut. 30. v.11 à 14 de Ni’tsavim) sur ‘’les conditions d’être humain’’. Elle n’a pas vocation à cultiver une pensée infantile qui croirait disposer de procédés théurgiques desquels on pourrait escompter quelques bénéfices.

 

Conclusion : par le geste (la ha’avate bikourim) et par la parole (la miquera bikkourim), Israël remet les choses à leur place, confère, à l’homme et à la création en générale, sa juste dignité de créature en les reliant à leur source, ‘’mequor’’ (‘’מקור’’), à leur racine, ‘’chorèche’’ (‘’שורש’’), que le monde (‘’olam’’, ‘’עלם’’) voile (‘’ilem’’, ‘’עלם’’).

 

Ce faisant, Israël discerne (‘’hite’bonène’’) dans sa réussite (’’be’atsla’ha’’) ce qui relève du produit de son travail (‘’avoda’’) de ce qui est la manifestation de la source de bénédictions, la ‘’beraha’’.

 

Les ‘’manières d’être humain’’ auxquelles la mitsva bikourim instruit et engage Israël sont, au fond :

 

- négativement : de rompre avec toute forme d’idolâtrie, consistant à considérer une réalité en tant que ‘’puissance autonome’’ qui agirait par sa propre force ;

 

- positivement : de donner la primeur de toute chose au créateur ; de se situer au-dessus de la nature, ‘’le’maala mine ha’téva’’; de s’attacher à cette source de vie, ce ‘’mequor hayim’’ qui « renouvelle à chaque instant l’acte du commencement », « המחדש בכל יום תמיד מעשה ברשית».

 

Reconnaissant que tout ce qu’il a, il l’a reçu, Israël sera amené à donner à son tour. Il réparera l’injustice dans la répartition des richesses, en redistribuant le produit de sa récolte à ceux qui en sont privés[11].

 

L’homme devient, chemin faisant, l’associé de Dieu[12], dans l’œuvre de sa création qui est à parfaire. Il accède à ce niveau de responsabilité lorsqu’il s’assume comme ‘’bar mitsva’’, ‘’fils de la mitsva’’, c'est-à-dire comme un être instruit par la mitsva.

 

Israël, instruit par la mitsva bikourim, se réjouira de tout, « ve’sama’heta be’hol hatov » (Deut. 26.11) : il verra son existence lumineuse de sens, où tout exhalera un parfum d’éternité. Il embrassera chaque jour, comme un nouveau matin du monde…taraudé, aujourd’hui, par l’attente du Temple qui lui manque…Mais, la nostalgie, où pourrait s’abîmer son âme, a un antidote : la prière et les mitsvotes toujours actuelles.

 

Le midrash raconte que Moïse, qui avait prophétisé la destruction du temple, et, par suite, l’interruption de la mitsva bikourim, a institué à sa place les trois prières de la journée.

 

La mitsva bikourim consistait à donner le ‘’réchit’’ de toute chose à Dieu. Avec la prière, Israël donne le réchit de son temps à Dieu (dès le réveil et aux moments charnières du cycle de la journée)…Cela devrait l’incliner à donner de son temps et de ses biens (qui sont du temps condensé) aux autres …Les paroles, les prières, Israël les relaiera par des actes (‘’ma’assé mitsvot’’) pour qu’ainsi, l’attention à l’autre, pierre angulaire de la société idéale à édifier, ne reste pas qu’un simple mot d’ordre[13].                                                                                                                    

 

Ariel EHRLICH




[1] Voir, pour qui veux s’intéresser à cet ouvrage, le très beau livre de Mme C. Chalier, La langue de la Vérité (Albin Michel, 2004). Y sont traduits et commentés des extraits relatifs aux fêtes de Pessah et de Chavouot.

[2] Le rapport d’Israël à sa terre est comparé, par la tradition, au rapport du mari avec sa femme.

[3] Nous évitons l’expression ‘’don des bikourim’’ car la prescription consiste, justement, à restituer le don dont D. fait grâce à l’homme. On est dans la situation ‘’donné-donnant’’. Le ‘’panier’’ (le ‘‘טנא’’) qui sert de ‘’réceptacle’’ aux primeurs à transporter au Temple, symbolise, peut-être, cette situation paradoxale…Au regard des conditions de ce prélèvement, il serait plus juste de parler d’offrande ou même de sacrifice remis au prêtre, le cohen

[4] Le cortège comprend, outre tous les récipients (טנה) contenant chacun une des 7 espèces caractéristiques des meilleurs fruits d’Israël, des tourterelles et de jeunes colombes qui ornent les paniers, qui seront remis au cohen avec le panier, d’autres qui sont portées à la main qui seront offerts en sacrifice (cf. 3e chapitre de la michena Bikourim du traité Zeraïm)

[5] Les primeurs sont cerclées d’un bracelet en papyrus ou en osier

[6] D’autres voies  que celle empruntées par Israël peuvent permettre d’accéder à ces ‘’manières d’être humain’’

[7] Cf. la 3e michena du 2e chapitre de la michna Bikourim du traité Zeraîm... Il s’agit là d’une différence notable avec les autres prélèvements (la te’rouma et la dîme) qui, s’ils ne s’effectuent pas, rendent indisponibles toute la production (elle devient ‘’tével’’, טבל''’’). 

[8] Commentaire de mon père, Haver Haïm ben Eliokim

[9] Voir ‘’L’ange de l’histoire’’ (S. Moses,  Seuil, 1992)

[10] Voir Rachi sur le verset 11 du chap.26 et la 1e michena de Bikourim du traité Zeraïm : cas lorsque de la période de la haavate bikourim se situe en-dehors de la période comprise entre Soukkot et Chavouot ; ou en raison des conditions de production de sa récolte (arbre fendu ; source d’eau tarie ; l’assise de l’arbre fruitier n’est pas sa propriété)

[11] En s’acquittant, par exemple, des prélèvements de ‘’la te’rouma’’ au bénéfice du cohen, du ‘’ma’asser richon’’ au bénéfice du lévi et du ‘’ma’asser ani’’ au bénéfice du pauvre (c’est l’objet du vidouïlle ma’asser), catégories sociales qui, statutairement, ne possèdent pas de terre cultivable

[12] Le mot ‘’mitsva’’, en hébreu, signifie également ‘’compagnon’’

[13] Réduite à cet aspect directif, - l’institution de la mitsva se rigidifiant, par son caractère purement formel et dévitalisé -, la mitsva menace de disparaître. Pas d’ordre pour qui n’est pas disposé à réaliser la mitsva. L’ordre s’étaye sur une disposition d’âme et non l’inverse. C’est un point sur lequel insiste souvent M. le rabbin Rivon Krygier, jusqu’à considérer la mitsva proprement dite, le cas échéant, comme une réalité secondaire. L’actualité brulante de l’accueil des réfugiés fuyant des zones de conflits lui a donné récemment l’occasion de nous le rappeler : c’est parce qu’Israël  s’est constitué dans et par l’expérience de l’exil et de la vie d’étranger qu’il se doit d’accueillir les réfugiés, et non parce que cela lui serait ordonnée. La réception n’est d’abord pas une obligation. Elle est d’abord une conviction, un esprit d’humanité que sa conscience historique a forgé.